lucidité

  • Lucidité…

     

    Pour l’observateur du monde et de ses actualités les plus diverses, les débats, conversations, interviews et autres formes de discours semble trop souvent s’orienter vers des dialogues de sourds. Dans chaque phrase d’un interlocuteur, on croit déceler ce qui nous conforte dans notre vision des choses. Observons, par exemple, les discours des Russes, des Ukrainiens et des Européens. Les mêmes faits (mais le sont-ce vraiment ?) servent également les partisans du pour et du contre en fonction du point de vue du « parleur ». On peut aisément appliquer cette difficulté à comprendre réellement les choses à tous les domaines, du black-out annoncé pour cet hiver aux négociations politiques en passant par les conflits, les extrémismes les plus divers et les épidémies les plus ravageuses. Tout cela est bien frustrant.

     

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    Car à y regarder de plus près, le dit observateur n’a plus aucun moyen pour acquérir un semblant de connaissance de ce qui l’entoure, si ce n’est sa propre observation… et encore ! Car observer les choses, ce n’est pas les regarder à un moment donné en dehors de tout contexte. C’est pourtant ainsi, le plus souvent que nos contemporains se font une idée du monde. Non, observer, c’est chercher d’où viennent les choses, c’est en étudier les causes et les conséquences, c’est appliquer du mieux que l’on peut, les règles de la critique historique (qui ne s’appliquent pas qu’au passé, évidemment). 

     

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    C’est aussi, plus souvent qu’on ne le croit, faire preuve d’abnégation et avoir suffisamment de modestie et de sang-froid pour découvrir ce qu’on aimerait qui reste caché car il nous compromet, nous ou notre société dans ses comportements et ses erreurs. C’est, finalement faire preuve d’une extraordinaire tolérance, seule manière d’entendre ce qui pense, vit et agit différemment de nous… non pour accepter l’inacceptable, vous voyez à quoi je fais allusion, mais pour adapter notre action humaine (humaniste ?) à notre interlocuteur quand c’est possible.

    Goethe, à la fin du 18ème siècle, avait déjà bien compris ce principe et même si je ne partage pas son pessimisme, sa lucidité est encore largement d’actualité. L’Histoire a beaucoup de leçons à offrir à celui qui veut bien la regarder…

     

    « Les discours oscillent de-ci, de-là

    Si aisément dans un entretien multiple,

    Chacun n’entendant que soi dans ce qu’il dit

    Et dans ce que disent les autres. 

    Chacun ne se lit-il pas soi-même dans un livre ?

    Et s’il en a la force,

    C’est lui-même qu’il retrouve dans le livre

    Où il s’est projeté,

    S’amalgamant ce qui lui est étranger.

    Aussi, est-ce bien en vain que tu t’efforces par tes écrits 

    De renverser la tendance et le penchant déjà fixés de l’homme.

    Mais du moins peux-tu le confirmer dans sa manière de penser

    Ou, s’il est encore vierge,

    Le plonger en ceci ou en cela ».

     

    Johann Wolfgang von Goethe, cité par Carl Gustav Jung en épigraphe de son ouvrage L’âme et la Vie, 1945.

     

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