mélodies

  • An die Musik



    En ces temps où l’actualité a plus tendance à nous tirer les larmes que la joie, le concert de mercredi soir à l’U3A a fait un bien fou aux mélomanes qu’une première journée printanière n’avait pas arrêtés. Car, comme je vous l’avais annoncé récemment, nos deux musiciennes, la mezzo-soprano Julie Bailly et la pianiste Emi Aomatsu ont subjugué l’auditoire très attentif. Et il faut bien dire qu’un récital de mélodies n’est pas le type de concert le plus populaire. Parfois, la limite d’un texte en langue étrangère ou une diction défaillante suffisent à refroidir un public plus habitué à la musique instrumentale ou à l’opéra.

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    Julie Bailly et Emi Aomatsu à la répétition



    Et c’était justement là toute la gageure, parvenir à rallier à ce genre particulier de la musique de chambre, les auditeurs un peu timides. Les quelques 75 auditeurs ne l’ont pas regretté. Nos musiciennes nous avaient donc concocté un programme très éclectique, à cheval entre les mélodies françaises de Fauré et de Debussy et le lied allemand de Schubert, Schumann et Brahms, un panaché de l’extraordinaire éventail d’expressions que peut revêtir le chant. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la voix de mezzo convient à merveille au chant français. Merveilleusement lyrique chez Fauré, dans Automne et Green, le chant se faisait plus moderne, plus complexe aussi, avec les Trois chansons de Bilitis de Debussy. La diction exceptionnelle de Julie Bailly, et on connaît la difficulté d’articuler correctement le français chanté, laissait les textes parfaitement compréhensibles. Les subtiles inflexions de la voix, les nuances dynamiques et les diverses perceptions tonales donnaient à ces œuvres une évidence rarement entendue au disque. Et cette impression était renforcée par la finesse du jeu de Emi Aomatsu qui parvenait, dans cette musique toute en nuance, à donner à notre vieux piano une couleur formidable.

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    Au concert



    Et puis, comment résister à ce célèbre An die Musik de Schubert ou à ce joyeux Sonntag de Brahms où l’amant chante sa joie de retrouver son aimée le dimanche. Là aussi, la diction allemande était irréprochable et la symbiose entre les deux musiciennes parfaite. Le concert se terminait par le rare cycle Gedichte der Königin Maria Stuart op.135 (1852) de Robert Schumann. Cet ensemble de cinq lieder constitue l’adieu au lied du compositeur. Usé par la maladie, il a dû s’identifier aux souffrances de Marie Stuart dont il connaissait sans doute le drame de Schiller. Et même s’il n’a pas eu conscience que ces prétendues lettres de la reine de France et d’Écosse emprisonnée par Elisabeth Ière étaient des faux, la sympathie qu’il avait éprouvé pour ces textes devaient exprimer son propre destin, commençant, dans le premier lied par « Je m’en vais » et terminant le dernier par « Sauve-moi ! ». Et comme toujours chez Schumann, dans ses œuvres ultimes, ce sentiment d’anéantissement, cette révolte désespérée et d’adieu au monde. Là encore, nos musiciennes ont sur donner toute l’ampleur de ce drame, sentant avec finesse la moindre modulation, les nombreuses inflexions que l’homme malade plaçait, comme torturé, dans sa musique. Émotion, et au plus haut point.

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    Mais le programme était aussi rythmé par des interventions en solo de la pianiste qui créait un climat approprié aux mélodies à venir et prolongeait l’émotion des chants précédents. Ainsi du Prélude de Ravel, trop rarement joué, d’un impromptu de Schubert qui nous donnait soudain l’impression d’être plongés au cœur d’une schubertiade, du Petit berger de Debussy et du début si émouvant dans sa simplicité des Scènes d’enfants de Schumann. On a donc pu admirer le superbe jeu de Emi Aomatsu, fait d’un alliage de force et de souplesse, d’un véritable don pour la couleur et l’esprit.

     

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    Ajoutons encore que Julie Bailly présentait chacune de ses interventions pour non seulement rendre le contact plus fort avec le public, mais aussi et surtout, pour expliquer le contenu des œuvres interprétées. Et tout cela, comme d’habitude, s’est fait dans la plus parfaite sympathie et simplicité, seule constance des vrais artistes. Encore merci de tout cœur pour cette merveilleuse soirée.

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