madetoja

  • Leevi Madetoja



    Et voilà… quelques jours de vacances passés très (trop) vite ! Un retour du boulot et déjà un agenda bien chargé… ! Travaux d’écriture en tous genres et préparations des cours et conférences de la saison… que du bonheur ! On ne mesure pas toujours la chance que l’on a de faire un métier qui est aussi une passion.

    Retour du blog également, peut-être pas toujours aussi régulier que pendant l’année, mais l’occasion de partager avec vous quelques découvertes de cet été. Endroits inoubliables, lectures exceptionnelles et cd’s bouleversants, l’occasion pour moi d’un peu renouer avec la catégorie de la « discothèque idéale ? » un peu délaissée ces derniers temps.

    Je vous le disais récemment, j’avais beaucoup de retard dans mes écoutes et j’avais peu écouté mes dernières acquisitions… si, si, j’achète encore beaucoup de cd’s ! J’ai donc pas mal de choses à dire concernant des œuvres aussi diverses que les œuvres chorales de Francis Poulenc, Attila de Verdi dans trois versions représentatives, le Clavier bien tempéré d’Angela Hewitt, les œuvres orchestrales de Leevi Madetoja, le nouveau cd de l’ensemble Music 4 A While ou les œuvres de Schumann par l’Ensemble Contraste dans lequel notre clarinettiste préféré Jean-Luc Votano participe brillamment, ainsi que beaucoup d’autres enregistrement encore glanés ci et là au gré de mes déplacements, nous y reviendrons.

    Parmi cet énoncé un peu aride, le grand coup de cœur a été cette galette publiée par ONDINE et consacrée à quelques œuvres orchestrales du compositeur finlandais Leevi Madetoja (1887-1947). Voici ce qu’en dit l’encyclopédie en ligne Wikipédia :

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    « Madetoja effectue ses études dans son pays natal à l'Université d'Helsinki et étudie la composition avec Sibelius à l'Institut de musique d'Helsinki (devenu l'Académie Sibelius), puis à Paris (1910-1911) avec Vincent d’Indy, ensuite à Vienne avec Robert Fuchs (1911-1912) et enfin à Berlin.

    Enseignant en Finlande à l'Institut de musique d'Helsinki (1916-1938), il devient également chef d’orchestre assistant auprès de Robert Kajanus en 1912, avant de créer son propre orchestre. Il est également critique musical pour le journal Helsingin Sanomat (1916-1932). Il est nommé maître de conférences à l'Université d'Helsinki en 1928. En 1917, il fonde l'Association des musiciens finlandais.

    Il est influencé par la musique folklorique d’Ostrobotnie, notamment dans son célèbre opéra Pohjalaisia, et par l’école française en raison de ses nombreux séjours en France dans les années 1920-1930. Élève puis rival de Jean Sibelius qui admire sa deuxième symphonie, Madetoja est également renommé pour sa musique chorale et ses quelque 50 mélodies. Comme Sibelius, il a trouvé une partie de son inspiration dans le Kalevala, un recueil de légendes finlandaises. »

    Je comprends aisément que le grand Sibelius ait admiré cette Deuxième symphonie (1918) qui occupe une bonne part de l’enregistrement de l’Orchestre philharmonique d’Helsinki dirigé par John Stogards. Le langage y est très proche de celui du maître et parfaitement typique de la musique finlandaise. Mêmes orchestrations denses, mêmes thèmes runiques, brefs et parfois secs, profonde redondance rythmique où les ostinatos structurent l’œuvre, même manière d’altérer les harmonies pour introduire en elles des éléments de dissonances qui les rendent transitoires.

    Les mauvaises langues peuvent bien affirmer que l’élève copie le maître, je crois que les choses sont plus subtiles que cela et que le langage des compositeurs dépend de leur langue qui, elle-même, conditionne certaines tournures de la pensée. Ainsi, le finnois est une langue qui fait largement appel aux affixes et qui permet d’altérer les racines des mots pour leur donner un aspect transitoire que seule la périphrase peut traduire en français. C’est dire qu’un mot finnois peut signifier un mouvement. L’altération des accords de l’harmonie musicale obéit un peu aux mêmes règles mutatis mutandis.

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    Leevi MADETOJA (1887-1947)
    Kullervo - Symphonic Poem (1913) [14.13]
    Symphony No. 2 (1918) [41.33]
    Elegy for strings, Op. 4/1 (1909) [5:53]
    Helsinki Philharmonic Orchestra/John Storgårds
    ONDINE ODE 1212-2 [62:04]


    Si nous prenons l’accord parfait comme une sorte de radical au sens littéral, il est loisible d’altérer ce radical par une série d’ « affixes » musicaux qui lui offrent de nouvelles dimensions. Il vous suffira de réécouter la Quatrième ou la Septième Symphonie de Sibelius pour en prendre conscience. C’est aussi ce qui explique les nombreuses pédales harmoniques présentes dans ces œuvres. Elles ne sont immobiles qu’en apparence. Tout le mouvement se fait justement par ces altérations harmoniques. C’est évidemment ce qui relie les compositeurs finlandais de Sibelius à Saariaho en passant par Rautavaara et Salonen.

    Elles sont magnifiquement mises à profit dans cette deuxième Symphonie de Madetoja pour exprimer la dramaturgie d’une œuvre qui vit le jour au moment de la Guerre civile finlandaise en 1918. Bien que le compositeur n’ait pas directement été impliqué dans les combats, il en fut très éprouvé. Il perdit son frère et de nombreux collègues. La symphonie témoigne dramatiquement de cette période et en exprime toute la tragédie. Elle s’articule en quatre mouvements qui semblent évoluer de le profonde tristesse lyrique des deux premiers mouvements à la triste résignation intemporelle du final en passant par la catastrophe sonore du troisième… bouleversant !



    Le cd avait débuté par un poème symphonique que Sibelius avait lui-même mis en musique dans sa jeunesse. Kullervo (1913), qui raconte cet épisode du Kalevala où le héros met fin à ses jours en se jetant sur son épée après avoir compris qui avait abusé de sa propre sœur. Là où Sibelius construit une énorme et géniale pièce pour chœur d’hommes et orchestre, le poème de Madetoja ne dure qu’un petit quart d’heure, d’une rare intensité et d’une orchestration hors du commun. On y ressent toute la force du poème et du mythe à travers une formidable orchestration et un propos épique qui veut renouer avec la manière si particulière qu’avaient les bardes de Finlande de réciter leurs légendes.

    Le programme se clôt par une Élégie pour cordes composée en 1909 alors que le musicien était encore étudiant et qui est sa première œuvre orchestrale. On y ressent l’influence du chant populaire et déjà la volonté d’exprimer la tragédie humaine. Sur un ostinato syncopé, les cordes aigues déploient un chant funèbre passionné et tendu. Souffrance intemporelle, émotion sublime.

    L’Orchestre philharmonique d’Helsinki n’a plus rien à prouver. Il représente l’une des formations les plus exceptionnelles de Finlande, un pays où la musique occupe une place de choix au sein des préoccupations culturelles. Je vous avoue, tout humblement, qu’il y a bien longtemps que je n’avais ressenti un propos si profond. Je suis un amateur inconditionnel de la musique de Sibelius de longue date. Madetoja atteint ici une dimension inattendue. Je connaissais quelques œuvres éditées par le label Finlandia, mais je n’avais jamais pris toute la mesure de ce génie qu’on ne fait que redécouvrir. Car en cherchant un peu, on mesure l’ampleur de son œuvre qui comporte, outre ses trois symphonies, une bonne quantité de magnifiques œuvres chorales (dont un formidable De profundis), de poèmes symphoniques et d’œuvres pour piano au sein desquelles figures les trois pièces rassemblées sous le titre Kuoleman Puutarha (le Jardin de la mort) issu de l’œuvre du peintre symboliste Hugo Simberg (1896).

    À découvrir au plus vite… !

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