mai 68

  • Joli mois de mai

     

    Au merveilleux mois de mai

    Comme tous les bourgeons éclataient,

    Dans mon cœur aussi

    L’amour est éclos.

     

    Au merveilleux mois de mai,

    Comme tous les oiseaux chantaient,

    A ma mie j’ai fait l’aveu

    De mes langueurs, de mes désirs.

     

    (Heinrich Heine, Dichterliebe, Les Amours du poète)


     Selon l’adage populaire: « En mai, fais ce qu’il te plait », le cinquième mois de l’année est sans doute l’un des plus beaux. Le printemps est là, la nature vit à nouveau, l’homme sort de chez lui et repart à la conquête du monde. Cette année, le printemps se pare d’une couleur particulière. Les anniversaires faisant recette, on commémore à renforts d’émissions spéciales, de dossiers de presse et d’ouvrages désormais à classer dans le rayon histoire, les quarante ans des célèbres événements qui changèrent la vision du monde des générations nouvelles. 

    J’étais trop jeune pour me souvenir des faits. Je me souviens plutôt des commémorations et des propos excessifs des partisans et des détracteurs de la « nouvelle société ». S’il est indéniable que la liberté d’expression et de pensée, l’émancipation des femmes, la libération sexuelle et la révision des fondements même de la démocratie dont nous bénéficions aujourd’hui en sont les magnifiques retombées, je me souviens par ailleurs des qualificatifs désagréables qu’une part de la société, plus conservatrice sans doute, affublait aux « révolutionnaires ».


     Sous les pavés la plage

    Aujourd’hui encore, Mai 68 fait débat. Entre les nostalgiques d’une confortable sécurité et d’un élitisme exclusif et les rescapés hippies adeptes du « Make love not War » agrémenté des champignons hallucinogènes, un énorme fossé reste présent dans nos consciences. Les clichés ont la vie dure ! Cependant, il est évident que la société a été métamorphosée en profondeur. Dans ses applications de tous les jours, nous bénéficions encore de sa modernité. 

    Si beaucoup des acteurs du « printemps » sont aujourd’hui rentrés dans le rang et apportent la preuve que le temps fait son œuvre pour trier les idées et n’en garder que les moins extrêmes, d’autres sont devenus de véritables symboles, des icônes que la photographie nous a légué comme un patrimoine précieux. Ainsi cette image culte, résumant à elle seule toute l’idéologie naissante et encore bien vivante, de Daniel Cohn-Bendit devant les forces de l’ordre.


     cohn-bendit

    Dix ans avant les événements, la Belgique resplendissait de mille feux avec sa splendide Exposition Universelle de 1958 (40 millions de visiteurs !). Je n’étais pas né, mais je me souviens très bien de l’émerveillement de mes parents sur la démonstration technologique, architecturale et scientifique que représentait un tel défi. Aujourd’hui, la communication fonctionne à la vitesse de la lumière et l’informatique nous permet des applications inimaginables en 1958.


     Expo58-Pavillon Bell Telephone



    On a parfois l’impression que l’évolution du monde s’est beaucoup accélérée en cinquante ans. Les images que nous pouvons observer de nos jours et les quelques vestiges sur le site bruxellois me semblent déjà appartenir à l’histoire de Belgique et à son patrimoine artistique. Il est d’ailleurs inacceptable que le célèbre Atomium soit, encore aujourd’hui protégé par des droits d’auteurs empêchant d’en publier une photographie sans la mention d’un accord de la Sabam et du copyright de l’auteur.

     

    J’aurais aimé vivre cette époque magique de l’Expo 58. En recherchant cet émerveillement, je me console en feuilletant l’excellent ouvrage de Piere-Jean Tribot, historien, musicographe (Res musica) et fidèle lecteur de ce blog, sur le sujet.


     Pierre-Jean Tribot Expo 58

    Enfin, mais ce n’était pas en mai mais en décembre 1908, Olivier Messiaen qui va m’occuper prochainement lors de quelques exposés, aurait eu cent ans cette année. C’est l’occasion de découvrir en profondeur un compositeur attachant et déterminant, tant par sa musique que par son enseignement, pour la musique contemporaine. D’une foi inébranlable et d’une curiosité inaltérable, il a passé sa vie à chercher dans la musique le chant de la nature. Son but, relier l’expression musicale à l’intensité de sa foi, l’a fait voyager à travers le monde à la recherche des oiseaux exotiques et de leurs chants magnifiques tout en reliant ses expériences d’homme à une vision toujours plus profonde et colorée de la musique.


    Olivier Messiaen (1908-1992)


     

    En développant un langage musical reconnaissable entre tous, Messiaen a réussi à s’exprimer vraiment. Il reste toujours accessible aux auditeurs et mélomanes, même si parfois nous nous perdons dans le dédale de sa pensée spirituelle. Le Quatuor pour la Fin du Temps que j’étudie une nouvelle fois actuellement est sans doute l’une des œuvres les plus bouleversantes du XXème siècle par l’espoir qu’elle donne à l’homme dans une situation extrême. Sans partager sa foi, je reste très sensible à sa vision du monde remplie d’espoir. Son utopie, loin d’être réalisée, a le mérite de montrer que des valeurs spirituelles sont en mesure de protéger l’homme des périls de l’existence.

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