manon stassen

  • Journal du Festival (7)



    Un étrange mélange de sentiments m’envahit en ce dernier jour du festival « Voyages d’été ». D’abord une indicible joie d’avoir réussi un défi aussi fou… mais aussi une nostalgie… comme si tout était passé si vite ! Je me demande si tous ces concerts, ces conversations, ces rires et sourires, toutes ces émotions artistiques ont bien été réels où si ce n’est le fruit que de mon imagination. Et puis non, la réalité était bien là et, au moment de tout remettre en ordre ce matin, la preuve qu’il s’était bien passé quelque chose s’imposait… et les photos qui témoignent de l’intensité des échanges et des prestations des artistes… et des bénévoles, équipes formidables sans qui rien n’aurait été possible ! Qu’ils en soient toutes et tous vivement remerciés.

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    Bientôt l’heure des comptes va sonner, mais déjà je puis annoncer que le bénéfice nous permettra sans doute de mettre, dans les prochaines semaines, une option sur ce qui était le véritable but du festival… l’acquisition d’un piano digne de notre scène. Il se pourrait même que notre vieux piano ne doive plus reprendre le chemin de la scène et qu’il puisse profiter d’une retraite bien méritée. Je vous en reparlerai le moment venu.

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    Mais la journée d’hier était surtout un formidable feu d’artifice final avec pas moins de trois concerts sur l’après-midi. Le soleil qui illuminait Liège pour la première fois cet été n’était certes pas un allié. Mais après tout, un festival d’été doit forcément tenir compte des cette donnée… et d’ailleurs le public est venu nombreux à chacune des manifestations, profitant de la terrasse aux entractes pour bavarder et se rafraîchir dans cette ambiance estivale… un vrai goût de vacances.

    Le violoncelliste Étienne Capelle, un de mes vieux complices, avait accepté de jouer la Deuxième Suite pour violoncelle seul de Bach et de se prêter au jeu de la séance commentée, l’occasion pour moi de le remercier chaleureusement pour tout ce qu’il a fait… et fera, j’en suis sûr, pour les Concerts de l’U3A.

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    Cette Suite, assez sombre, tragique même, a trouvé toute sa juste expression dans le formidable jeu d’Étienne. Justesse absolue, sonorité ample, style exceptionnel, aucun des superlatifs ne peut donner la juste mesure de l’émotion qu’il a suscité chez nos auditeurs… Et puis cette sympathie et cette générosité qui conduisent le musicien a toujours offrir un petit plus… une petite pièce d’une rare émotion composée par Pablo Casals, un des violoncellistes les plus admirés par Étienne… je crois qu’il n’est pas le seul d’ailleurs !

    La deuxième séance de la journée nous ramenait Maud Renier dans une nouvelle configuration, celle de partenaire de la formidable mezzo-soprano Marie-Catherine Baclin. Les deux musiciennes nous ont offert un voyage très coloré entre l’Allemagne de R. Strauss, la Vienne de Schubert et de Mozart, l’Italie de Verdi, la France de Massenet et l’Espagne du terroir de M. de Falla et de C. Bizet.

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    Photo de Monsieur Gast



    Un seul mot ! Quel souffle, quelle présence ! Avec une confondante facilité, chaque personnage évoqué par le programme prenait forme devant nous dans une saisissante incarnation. Et puis cette palette de nuances où tant la voix que le piano allaient chercher la moindre émotion. Et quand on parle de chant et piano, qu’on ose encore utiliser le mot accompagnement, on passe à côté de l’essentiel… un vrai travail de musique de chambre, une complicité. Leur répertoire était d’ailleurs aussi conçu dans le but de mettre en évidence le travail unifié des partenaires. Ébloui par tant de musique, je nourris déjà l’espoir de concevoir avec ces deux musiciennes hors pair une séance commentée… on en reparlera aussi !

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    Et le public, absolument ravi par ce concert a longtemps poursuivi la conversation avec les artistes. Partout dans les couloirs et au bar, on parlait de la prestation qui n’est pas prête à disparaître de nos mémoires.

    Et pendant que les auditeurs savouraient une bonne heure de pause, nous nous apprêtions à accueillir un orchestre de chambre dans notre salle ! Une première… caser 20 musiciens ne s’improvise pas. Michaël Grailet avait accepter de venir retirer le piano de la scène, nous avions prévu une estrade supplémentaire pour augmenter en la surface… mais ce n’était pas suffisant. Une fois les musiciens arrivés, on s’est vite rendu compte qu’ils ne pourraient pas se placer dans l’espace que nous avions prévu. Il fallait donc tout démonter. Dans la chaleur tropicale et, en l’espace d’une demi-heure, nous avons tout transformé et placé les vingt chaises. Enfin, l’Orchestre de chambre d’Ottignies Louvain-la-Neuve pouvait répéter… et nous boire un bon coup !

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    Photographie de Monsieur Mafit



    Feu d’artifice final que cette prestation orchestrale. L’OCOLLN est un orchestre d’excellents amateurs dirigés par Jean-Gabriel Raelet, le concertmeister de l’Opéra royal de Wallonie. Mais le clou de la soirée, c’était la prestation de la jeune violoniste Manon Stassen qui nous offrait un concerto pour violon de Bach, décidément fort présent pendant tout le festival. D’une extraordinaire justesse, Manon a déployé un jeu à la fois sobre et profond. Un vrai moment de bonheur. Elle aussi, nous la retrouverons dans un prochain concert de l’U3A, j’en suis sûr.

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    Photographie de Monsieur Mafit



    Magnifique manière festive de terminer ces cinq jours intense, je voulais offrir une petite réception aux musiciens, aux auditeurs et à tous ceux qui ont contribué à cette réussite. J’insistais, dans un speech très bref sur le rôle d’une institution comme l’U3A dans la société et dans la culture. Offrir une scène à de jeunes musiciens, leur procurer une qualité de salle et d’infrastructure ainsi qu’un public nombreux et enthousiaste, voilà le but que je me suis donné en développant ces séances musicales. Elles répondent non seulement à un besoin de faire une liaison entre ce qu’on appelle, de manière fort obsolète, le troisième âge… (qui commence à 50 ans !) et les générations les plus jeunes, mais aussi à rendre la musique accessible à tous, mélomanes ou non.

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    Photographie de Monsieur Mafit



    Aujourd’hui, on parle beaucoup de « décomplexer » les publics face à la musique dite classique (dénomination d’ailleurs erronée). Personnellement, je constate qu’il n’y a pas de complexe à partir du moment où le partage se fait sainement, sans élitisme et dans la bienveillance la plus sereine. C’est une des plus importantes leçons de ce festival : tous ceux qui ont jouée étaient non seulement des musiciens de chez nous, wallons toujours, liégeois souvent et, d’autre part, ceux qui étaient moins jeunes en âge avaient une jeunesse d’esprit formidable. Tous sont remplis d’un immense talent et ont le besoin de le partager. Qui osera encore dire que la Wallonie est un désert culturel ? Alors il faut les aider à s’imposer. Le Festival « Voyages d’été » qui proposait sa première édition poursuivra dans cette optique, c’est promis !

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