marinette zijlmans

  • Marinette…



    Il y a des personnes dont on n’imagine pas qu’elles peuvent disparaître tant elles font partie de notre quotidien. Et pourtant, le naturel nous rattrape toujours. Marinette Peeters, l’une de mes plus fidèles auditrices de l’U3A vient de disparaître… à l’âge de 91 ans !

    Quoi de plus normal, me rétorquerez-vous sans doute ! Certes c’est normal et on envie ces personnes qui atteignent des âges vénérables sans sourciller… Mais dans le cas de Marinette, ce n’était pas le cas. Elle venait à mes cours depuis plus de quinze ans et y trouvait un bonheur qui me réchauffait toujours le cœur. Elle était toujours tournée vers les autres et semblait surprise dès qu’on prenait de ses nouvelles… Et puis, combien de fois ne s’est-elle pas exclamée de bonheur sur la beauté de la musique, sur la force des émotions qui naissaient en elle ? Elle m’envoyait bien souvent messages par E-mail, des remerciements, elle qui avait commencé à utiliser le MacBook récemment. En fait, elle était bien plus moderne que beaucoup de jeunes.

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    Pourtant, on ne peut pas dire qu’elle a eu la vie facile, notre Marinette. Elle en a surmonté des épreuves terribles. Quoi de plus effrayant et injuste que la mort d’un fils ?… d’un mari ? Ou de tellement de proches ? Épreuves médicales car sa santé était avant tout morale, le corps, lui, avait déjà subi les attaques du temps et les opérations et longues convalescences nous ont parfois donné le sentiment qu’elle ne reviendrait pas au cours.

    … Et puis, elle revenait, fidèle, inlassable. Elle semblait ne pas vieillir…  Par exemple, elle conduisait encore sa voiture et venait, contre vents et marées (on devrait dire neige) écouter mes exposés et s’imprégner de musique. Je me souviens qu’un jour, il n’y a que quelques semaines à peine, alors que la neige était tombée et que peu d’auditeurs s’étaient mis en route, elles étaient arrivées, en voiture, Marinette et Marguerite, mes deux nonagénaires, en retard, mais si fières d’avoir bravé une météo redoutable. J’en avais été vraiment ému et je me prenais à les penser « increvables »… Et en quelques sortes, c’était bien le cas. Pour rien au monde elle ne ratait une séance. Elle faisait partie de mon monde depuis si longtemps. Quand par malheur elle ne venait pas, je sentais en moi une inquiétude… Lorsque mon regard passera à la place qu’elle occupait dans ma classe, je ne pourrai pas m’empêcher d’avoir une pensée pour elle.

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    Mes deux nonagénaires, Marguerite et Marinette, au premier rang d'un des Concerts de l'U3A. Elles n'en rataient aucun!



    Dans l’impossibilité de me rendre aux funérailles, je lui dédie les deux cours de cette semaine qu’elle devait suivre… le Psaume 42 de Mendelssohn et la Passion selon Saint Matthieu de JS Bach. Car la tristesse, voyez-vous, n’a rien à voir avec l’âge. S’il est bien normal de partir à 91 ans, l’absence se fait toujours sentir cruellement et c’est avec beaucoup d’émotion que je la salue, là où elle est désormais… en espérant que la musique qu’elle aimait tant l’accompagnera éternellement… Merci, Marinette, pour toute cette bonté !

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