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  • La Russie démocratique

     

    Aujourd’hui, les russes se rendent au bureau de vote pour élire leur nouveau président. Scrutin sans surprise, la mascarade électorale est orchestrée de main de maître par Vladimir Poutine lui-même. En effet, une grande part de la presse télévisée et écrite est au service du Kremlin. Elle ne donne pas la parole à une opposition en manque de moyens pour diffuser ses idées. Pire, les pressions sont telles que de nombreux candidats se sont retirés pour sauver leur peau. On a encore en mémoire les meurtres de journalistes et hommes d’affaire non élucidés ainsi que les guerres bourbiers « opportunistes » menées par le pouvoir en place.

     

    Il est sans doute exact que le président sortant a entamé un redressement spectaculaire de la Russie post-soviétique. Il n’y a pas si longtemps, l’Occident riait presque de cette grande nation, jadis redoutée, entrée dans une crise profonde et affaiblie par la corruption, la Mafia et la désorganisation de ses structures internes. Si on a aussi cru longtemps à une véritable démocratisation du pays, Poutine a montré que, en donnant l’impression d’améliorer le quotidien du peuple, il était incontournable. Tout puissant, rusé et animé d’un talent autoritaire, il renoue, en fait, avec les grands dictateurs qui ont gouverné la Russie depuis des siècles.

    Poutine Medvedev

    Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev

     

    C’est une histoire singulière que celle de la Russie ! Pendant toute son histoire ce pays a montré une succession de tyrannies extraordinaires. Les Tsars régnèrent sur l’immense territoire pendant presque dix siècles en affamant la population de manière tragique. Alors que la révolution de 1917 semblait enfin mettre le peuple oppressé au pouvoir, le communisme entrait dans la dérive la plus horrible de son histoire en « sacrant » Staline. Ce dernier restaura vite la dictature par la terreur, l’élimination des gêneurs et dissidents et le maintien du peuple dans la misère et la pauvreté. Il ira jusqu ‘à empêcher les gens de penser.

     

    Avec la chute du Rideau de Fer, le peuple a senti un vent nouveau souffler sur le plus grand pays de notre continent. De fait, une nouvelle classe sociale s’est formée et s’est enrichie de manière spectaculaire. Vivant désormais à l’occidentale, la nouvelle bourgeoisie est riche et dépense sans compter. Mais le petit peuple est toujours aussi pauvre. Medvedev, le sbire de Poutine qui sera élu ce soir, a promis de doubler la pension des retraités… tiendra-t-il sa promesse ? Toujours est-il qu’un immense fossé s’est creusé entre les pauvres et les riches.

    Et l’art, dans tout cela ? On n’en parle guère. Certes la libéralisation a permis un libre arbitre un peu plus conséquent qu’à l’époque soviétique, mais l’artiste peut-il désormais s’exprimer librement sans risquer des mesures répressives. Je ne le crois pas. La musique de Chostakovitch est toujours d’actualité et elle le sera toujours car elle dénonce un fait humain éternel : la soif de pouvoir à tout prix. La musique, plus actuelle de Sofia Gubaidulina n’est pas plus heureuse bien que plus récente et les témoignages des interprètes et compositeurs en provenance de Russie ne sont pas rassurants.

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    Chostakovitch et Gubaidulina

    Pour le monde, le seul mérite de cette situation sera de peut-être rétablir un équilibre entre deux super puissances qui, en s’observant et en se craignant, réduiront l’omnipotence des Etats-Unis. Mais à quel prix humain encore ?

     
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