mingardo

  • Brahms au printemps… ! (6 et fin)

     

    Le festival Brahms saison 2 de l’OPL s’est donc terminé hier soir par le triomphe de Louis Langrée et de l’Orchestre Philharmonique de Liège. Devant une salle enthousiaste, les musiciens nous ont montré un Brahms tel qu’on l’aime et surtout dépoussiéré de toutes les traditionnelles lourdeurs. Dynamisme, recherche de timbres et de couleurs, rythmes replacés dans leur juste contexte, la vision du chef a séduit non seulement les auditeurs, mais aussi les musiciens de l’orchestre.


     OPL

    Avant le concert, quelques musiciens me confiaient la fatigue qui commençait à se faire sentir avant d’entamer la dernière (et non des moindres) étape de leur marathon brahmsien. Il faut souligner que la densité de cette musique sollicite l’ensemble de la masse orchestrale à tous les instants et qu’il ne se trouve pas beaucoup de moments de répit. Les cordes, particulièrement, jouent presque tout le temps (sauf les violons dans le premier mouvement du Requiem) et on ne compte pas le nombre de tremolos, de notes tenues, de mélodies et de contre chants qu’ils auront réalisé.

     

    Dans de telles circonstances et dans une salle surchauffée par une météo estivale impromptue, les quelques approximations d’attaque des vents et surtout, le désaccord des instruments sous l’effet de la chaleur n’ont jamais gâché l’énergie mise par le chef et son équipe pour réaliser une quatrième symphonie de rêve. Quelle remarquable continuité dans le discours, dans la tension psychologique et expressive de l’œuvre. J’ai vraiment été captivé par cette interprétation d’une intensité formidable.

     

    Il faut dire que, juste avant le bouquet final, Sara Mingardo, l’une des seuls vrais contraltos actuelles, avait préparé la salle par une Rhapsodie pleine d’émotion. Avouons-le, l’œuvre est terrible (voir sur ce sujet l’article du 20 mai sur ce blog) et la voix somptueuse de Mingardo est capable de moduler tous les types d’émotions du désespoir à la consolation en passant par la prière (son récital de samedi, en compagnie du très sympathique pianiste Jeremy Menuhin, oui ! le fils de Yehudi, intime, tragique et sublime nous a montré toute l’émotion d’un Brahms, héritier du lied de Schubert et de Schumann). Le chœur d’hommes de Düsseldorf s’y est montré apaisant et discret comme il se doit. Il me semble, par contre que la formation allemande au complet dans la première partie consacrée aux Zigeunerlieder avait plus de peine à rendre la justesse de ton et la dynamique que Langrée voulait transmettre. Ceci étant dit, quelle belle musique que ces pièces chorales qui se présentent comme de petites perles tour à tour mélancoliques et gaillardes. Leur style populaire nous a encore montré un autre aspect de Brahms que je ne connaissais que très mal.


     Sara Mingardo



    Le concert de samedi était évidemment attendu de tous et il n’a laissé personne indifférent. Ein Deutsches Requiem, œuvre emblématique d’un Brahms méditant sur la mort était d’une rare émotion. Là encore, on peut reprocher ça et là quelques imprécisions du chœur qui, dans les ardus contrepoints manquait parfois de justesse et de nuances. Pour le reste, l’interprétation était fluide et colorée. Le parcours de Louis Langrée dans ce genre de musique est toujours particulier. Je me souviens de sa Messe en ut mineur de Mozart, de la Messe de Beethoven et du Chant de la Terre de Mahler avec beaucoup d’émotion. La musique religieuse ou spirituelle (je considère l’œuvre de Mahler comme une haute spiritualité) lui convient parfaitement. Il parvient à revoir de fond en comble la partition pour, en sortant des traditions parfois un peu encombrantes, forger une vision de l’œuvre qui résulte d’une véritable mise à l’épreuve de sa personnalité. Ses interprétations ne ressemblent à aucune entendue. Ce sont les siennes, vécues, éprouvées et honnêtes. Sa modestie lors des  acclamations me prouve que cet homme vit la musique comme une expérience existentielle bien au-delà d’une recherche du succès public. Il est un vrai musicien et pour cela, je lui tire mon chapeau et le remercie de tout cœur.


     Louis Langree

    Ainsi donc se termine ma modeste saga consacrée à Brahms. Comme à chaque fois lors d’un festival, il reste, au lendemain des festivités, un sentiment de nostalgie qui me rappelle mon enfance. Lorsque, une fois par an, la fête foraine s’installait dans mon quartier et que nous vivions une semaine de réjouissances en famille et avec les amis, je me retrouvais le lundi, après le départ des forains, quand la vie reprend son cours, avec toutes ces couleurs et ces lumières dans la tête et le sentiment d’avoir participé à un moment unique et à jamais disparu, mais toujours présent quelque part au fond de moi. C’est un peu cela que je ressens aujourd’hui… !

     

    Vive Brahms, vive la musique !

     
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