missa solemnis

  • Missa solemnis

    La Grande Messe en ré majeur opus 123 fut composée entre 1818 et 1823. Elle est dédiée à son élève l'archiduc Rodolphe. C’est là une pièce majeure du répertoire sacré d’une profondeur exceptionnelle. Comparable en importance philosophique à la Messe en si mineur de Bach et au Requiem de Mozart, elle est l'œuvre la plus longue de Beethoven et assurément celle qui lui a réclamé le plus de travail. Il la considérait comme son « plus grand ouvrage ». Il s'agit là de sa troisième œuvre vocale à caractère sacré, après l'oratorio Le Christ au Mont des Oliviers (1801) et la Messe en ut majeur (1807) qui témoignent, l’un et l’autre, des différents styles du compositeur.

     

    Beethoven, Buste par Hagen.jpg



    Richard Wagner fut un commentateur averti de la musique de Beethoven qu’il vénérait au plus haut point. Son essai sur le compositeur, rédigé en 1870, pour le centenaire de la naissance du compositeur, ainsi que ses nombreux textes en prose, font la part belle à celui qu’il considérait, avec Bach, comme les plus grands piliers de l’art allemand. À propos de la Missa, Wagner a très bien compris tous les enjeux d’une pièce de ce genre. Je reprends ici deux citations extraites de ses écrits qui suffisent à exprimer une bonne part de l’essence de cette œuvre malheureusement peu interprétée :



    « … Beethoven a composé sa Grande Messe à peu près à la façon d’une symphonie parce que les paroles liturgiques, que tout le monde connaît et qui n’ont guère qu’une signification symbolique, lui offraient une forme qu’il pouvait décomposer et recomposer à sa guise, avec des séparations, des reprises, etc. »


    « Les voix y sont traitées comme des instruments humains exactement de la manière dont Schopenhauer voulait qu’on les manie. Le texte chanté n’est pas perçu selon sa signification […] mais sert de trame pour le chant. Voilà pourquoi il n’altère pas les impressions purement musicales que nous retirons de l’écoute de cette œuvre : Le texte n’éveille en nous aucune représentation rationnelle, mais au contraire (c’est aussi une conséquence de son caractère religieux) nous émeut au moyen de formules symboliques relevant de la foi ».



    Comment ne pas entendre, dans  cet étrange Prélude orchestral qui précède le Benedictus de la Missa solemnis une préfiguration du temps devenu espace que Wagner déploie dans ses œuvres et dans Parsifal en particulier ? On estime également que la Messe est une dernière étape vers l’intégration des voix dans le cadre de la symphonie, ce que l’extraordinaire Neuvième va réussir de manière sublime.

    Lien permanent Catégories : Musique 0 commentaire