missa votiva

  • Jan Dismas Zelenka

     

    « Le Bach tchèque ». C’est ainsi que Jan Dismas Zelenka (1679-1745) a été longtemps qualifié non seulement par ses contemporains mais aussi par la postérité.

     

    Et il faut dire que la comparaison, si elle est trop audacieuse, s’impose néanmoins compte tenu de la qualité exceptionnelle de sa musique. Fils d’un organiste de Lounovice en Bohême, il reçut son éducation dans un collège de jésuites à Prague. Il obtint vite un poste de contrebassiste et violoncelliste à la cour du roi de Saxe à Dresde en 1710. Il voyage à Vienne vers 1716 et étudie le contrepoint avec l’auteur de célèbre « Gradus ad Parnassum » Johann Joseph Fux avant de se rendre en Italie un peu plus tard. Il fait alors la connaissance de Antonio Lotti (non, pas Helmut… ! facile, non ?) et de Alessandro Scarlatti.


     

    Zelenka Jan Dismas
     


     

    De retour à Dresde, il restera au service de la Chapelle Royale jusqu’à la fin de ses jours. Son œuvre est riche de plus de deux cents œuvres. Si Zelenka a une prédilection pour les instruments à vent (sonates en trio, pièces diverses, …), le gros de sa production est consacré à la musique religieuse. Il est un des grands maîtres du contrepoint et son écriture chorale, d’une rare efficacité ne recule devant aucune difficulté pour mettre en relief sa rhétorique sacrée.

     

    La Missa Votiva ZWV 18 est l’une des grandes messes composées par Zelenka au cours des dernières années de sa vie. Après avoir terminé l’oeuvre, il entreprit un grand projet de composition en 1740, à l’âge de soixante et un ans, avec un cycle de six messes, les Missae Ultimae. Malheureusement, ce projet avorta car le compositeur, malade pendant près de dix ans, ne put mener à bien une si grande tâche.


     

    Zelenka Dresde vers 1750
     Dresde vers 1750


     

    Cette messe votive est la plus longue de toutes celles qu’il a composées. Datée de 1739, elle correspond à une offrande à la figure de Dieu en remerciement à la guérison temporaire de sa douloureuse maladie. On en trouve la trace sur la première page du manuscrit qui indique : « Je veux m’acquitter de mon vœu envers le Seigneur. »


     Zelenka Missa votiva Page 1


     

    Elle est conçue comme une messe cantate, fractionnant l’ordinaire en de nombreuses sections alternant airs de solistes d’inspiration italienne et passages choraux polyphoniques, souvent fugués. Il y contraste donc les émotions en se tenant proche du texte et de son message. Le Kyrie, par exemple, est d’une richesse harmonique époustouflante. En un mi mineur étrangement allant, une introduction orchestrale amène un chœur polyphonique entrecoupé de la fameuse Catabase chromatique insistant sur la douleur de l’homme face à la souffrance. L’air qui évoque le Christ est, lui, selon la norme en vigueur plus souple, à l’italienne. Après un pont choral solennel, le Kyrie revient en une sublime condensation.

     

    Mais ce sont le Gloria et le Credo qui sont les vrais joyaux de la messe votive. Les passages fugués s’y succèdent dans une rhétorique sans faille. S’intercalent des éléments plus contemplatifs (Et incarnatus est) ou jubilatoires (Quoniam tu solus).


     

    Zelenka Missa Votiva Credo
     Credo de la Missa Votiva


     

    A la différence de Bach, la partition est remplie d’indications de dynamiques et d’articulations témoignant d’un usage intensif des contrastes sonores à Dresde. Le Sanctus, très impressionnant s’achève par une fugue monumentale sur l’Hosanna.

     

    La fin de la messe est complétée par une nouvelle dédicace manuscrite : « Cette messe a été composée pour la plus grande gloire de Dieu par Jan Dismas Zelenka pour acquiter son vœu, après qu’il ait recouvré la santé avec l’aide de Dieu ».


     

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    Mort à Dresde le 22 décembre 1745, il est enterré au cimetière catholique de Friedrichstadt, un quartier jouxtant la vieille ville de Dresde.

     

    La Missa Votiva est l’une des merveilles de l’art sacré baroque. Je vous avoue que je ne la connaissais pas avant que ne paraisse ce magnifique cd sur le label très dynamique Zig Zag Territoires (ce sont eux qui ont également sorti récemment les symphonies de Beethoven avec J. van Immerseel et Anima Aeterna). L’enregistrement entre dans le cadre des festivités qui commémorent les trente ans du Festival de musique baroque de Sablé sur Sarthe dans les Pays de la Loire en France. Le Collegium 1704 (instrumental) et le Collegium Vocale 1704 sont placés sous la direction du chef tchèque Vaclav Luks. Eux non plus, je ne les connaissais pas avant ce magnifique enregistrement où tout est parfait. Le chœur est limpide mais sans mièvrerie, les solistes, qui sont des membres du chœur sont parfaits. Quant à l’orchestre, il maîtrise remarquablement une musique pleine de pièges expressifs et techniques. L’homogénéité de l’ensemble est inouïe. Un cd à écouter au plus vite… !


     

    Zelenka Missa Votiva cd
     

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