musica instrumentalis

  • De Musica



    En évoquant la musique de Jean-Sébastien Bach à plusieurs reprises la semaine dernière, j’ai été amené à évoquer la théorie médiévale qui considère, selon Boèce, qu’il existe une communication entre le cosmos, l’être humain et la musique que l’on entend, que l’on compose ou que l’on joue. Ce qui m’importait, plus que de définir avec exactitude des principes philosophiques et spirituels très complexes, c’était de montrer qu’à travers les siècles, les hommes ont toujours donné aux arts et à la musique particulièrement la fonction hautement symbolique d’un flux qui relie l’homme à la Nature … et, par extension, à Dieu.


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    Paul Klee, Soleil et lune (collection privée)




    Ainsi, considérant les théories de l’univers, les anciens ont souvent énoncé des termes aussi difficiles à saisir que « Musique des sphères », « Musica universalis » ou encore « Musica mundana ». Par ces notions, ils considéraient que les rapports mathématiques qu’ils tiraient de l’observation des astres et de leurs mouvements les uns par rapport aux autres constituaient une harmonie supérieure semblable à une musique parfaite. Chaque rapport étant exprimé par une fraction, correspondait à un intervalle musical. Pourtant, cette musique des astres, des sphères et donc du cosmos n’était pas audible par l’oreille humaine. Elle constituait, en quelque sorte, la véritable musique spirituelle, émanant directement de Dieu.

    L’homme, en cherchant sa place dans la nature, en était venu à former l’hypothèse que son organisme devait être organisé comme un cosmos en miniature. Un microcosme répondant au macrocosme. En se mettant à l’écoute de l’univers, l’homme pouvait, lui aussi, et puisqu’il avait été créé par Dieu à son image, résonner des mêmes harmonies. Cette musique là non plus, n’était pas audible mais seulement présente dans sa nature. Encore fallait-il la lui révéler. Cette « Musica humana » ne demandait donc qu’à se mettre au diapason du cosmos. Mais fallait-il encore un outil permettant la liaison, le flux (circuitus) entre l’un et l’autre.

     

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    Correspondances entre la division de la corde du monociorde et les propotions de l'univers.


     

    C’est là qu’intervient la musique que nous connaissons, la « Musica instrumentalis » qui, à l’aide de la voix humaine ou des instruments ainsi que d’une théorie basée sur l’observation mathématique de la vibration et de la division des cordes (Pythagore), permettait de rendre la musique audible. Cette musique obéissait, elle aussi, aux proportions de l’univers (mundana) et de l’homme (humana). Ses vibrations exprimaient le reflet, l’essence du cosmos, donc du tout. On constate ainsi l’importance de la musique dans les théories anciennes et son rôle sacré, fondamental dans le positionnement de l’homme au sein, de la nature.

    Si la pensée théologique, spirituelle et philosophique a fortement évolué au cours du temps, la place de la musique dans les sociétés humaines a toujours été importante. Les philosophes et les exégètes ont du replacer la musique en bonne place et admettre que, d’une manière ou d’une autre, elle semblait indispensable pour véhiculer l’essence des choses que les objets tangibles et le langage courant réduisaient. Il ne faut pas chercher ailleurs la tendance qu’a la musique à posséder, entre autres bien sûr, une fonction philosophique au cours du temps. La vibration sonore possède en effet un pouvoir extraordinaire sur nos organismes. Plus personne ne viendrait le contester. C’est sans doute l’une des raisons qui conduit l’être humain à être si sensible à la musique, c’est pour cela que nous l’écoutons, c’est pour cela qu’elle nous touche toujours au plus profond de nous-mêmes.

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    Bach, JS, Messe en si mineur, pages autographes.




    C’est probablement ce qui, à propos de Jean-Sébastien Bach, a fait dire un jour à Goethe : « Quand j’entends sa musique, j’ai l’impression d’assister aux entretiens de Dieu avec lui-même juste avant la création ».

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