organe

  • Éclats de voix

    En ce premier jour des finales de la session chant du Concours International Reine Élisabeth de Belgique, il n'est peut-être pas inutile de rappeler certains principes fondamentaux de cet organe qui nous fait aussi bien parler que chanter. Il est souvent bien tentant de juger les musiciens que l'on écoute en fonction de notre goût personnel. C'est d'abord très dangereux lorsque nous ne possédons pas assez les éléments qui permettent de d'abord saisir objectivement l'essence d'une discipline. Ainsi, si l'on peut dire qu'on aime ou qu'on n'aime pas, il faut se garder de prendre nos impressions pour des vérités. Nous ne sommes pas les juges de ce concours, nous n'avons donc pas d'autorité pour classer objectivement les musiciens. Laissons cela aux professionnels qui, eux-mêmes, doivent être confrontés à des dilemmes bien complexes. La question sur laquelle je reviendrai un autre jour réside plus dans le véritable intérêt de tels concours, surtout pour la voix humaine qui est, par essence, différente chez chaque individu. Mais d'abord apprenons ce qu'est une voix.

    Si la voix humaine est par excellence, le plus ancien instrument de musique au monde, on ne sait bien souvent pas comment elle fonctionne exactement. Et pour cause ! Les notions qui entrent en ligne de compte dans l’émission d’un son sont d’ordre biologique, anatomique et médical. Seuls ceux qui étudient le chant ou qui, par malheur, ont eu un jour un problème vocal semblent sensibles à cette mécanique pourtant merveilleuse et d’une richesse insoupçonnée. La production du son vocal ou phonation, est obtenue par l’envoi d’air à travers deux cordes vocales en vibration, situées dans le larynx, puis par amplification et résonance grâce aux différents organes résonateurs, comme le pharynx, la cavité buccale ou les fosses nasales. La voix humaine est capable de produire une très grande variété de fréquences (hauteurs sonores). C’est en modifiant la tension et surtout l’épaisseur des cordes vocales que l’on peut changer leur fréquence de vibration, ce qui a pour effet de faire varier la hauteur des sons émis par la voix. Toutes ces modifications sont le fruit d’actions neuro-cérébrales.

     

    Voix Anna Netrebko

    La cantatrice Anna Netrebko

     

    On oublie parfois que le corps humain dans sa totalité est un instrument musical. Lorsqu’un pianiste ou un violoniste cherche le son adéquat à sa vérité intérieure, il recherche la vibration du dit son à travers son corps tout entier. Il n’en va pas autrement de la voix. Elle est même l’outil le plus performant pour le ressenti de cette vibration intérieure qui peut, dans le cadre des chants religieux ou des prières, adopter un aspect mystique. La prononciation du fameux « Aum » originel dans les religions tibétaines fait vibrer le corps dans son intégralité ce qui provoque un sentiment de fusion avec l’univers dans sa globalité. De nombreuses religions et mythes, placent l’origine du monde sous l’impulsion d’une vibration originelle que la voix humaine peut reproduire ou imiter. Et parce qu’il suffit d’ouvrir la bouche et de chanter, comme nous l’avons vu faire, ou reproduire des airs que nous entendons, nous le faisons sans nous rendre compte de la complexité des mécanismes que nous mettons en œuvre.

     

    Voix Système phonatoire

     

    Donc, comme n’importe quelle matière, notre corps peut vibrer sous l’impulsion d’ondes sonores. Les cavités situées dans notre tête sont de redoutables amplificateurs. Elles transforment les modestes bourdonnements émis par nos cordes vocales en véritables sons. Ces cavités sont souples et peuvent prendre différentes formes qui permettent de modifier le timbre des voyelles et les sons harmoniques. La pratique du chant permet à l’individu de rechercher les positions les meilleures des cavités en vue de l’émission d’un son idéal, timbré, musical et intelligible. Car le son humain est lui aussi assez complexe. Il se compose d’un son fondamental qui donne la hauteur du son. Mais il est accompagné d’une série de sons de fréquences plus élevées et multiples de la fondamentale qu’on nomme les sons harmoniques. Encore une fois, la pratique du chant va permettre de « placer sa voix », c'est-à-dire d’accorder ses cavités de résonance avec le son émis par le larynx. Cela permet de renforcer certaines harmoniques et d’acquérir un son plus riche et d’une plus grande portée. Mais en plus de ces harmoniques, le chant permet d’en émettre d’autres qu’on nomme les « formants des chanteurs ». Ce sont eux qui distinguent les caractéristiques des voix et l’individualité de l’organe. Le timbre qui en résulte et unique et vous permet de distinguer deux chanteurs qui entonnent le même air.Mais rien de tout cela ne serait possible sans le larynx. Il fait partie des organes respiratoires supérieurs et mesure, généralement entre quatre et cinq centimètres. Il est creux et a la forme d’un tube tapissé de muqueuses. Celle-ci forme des replis à deux niveaux, ce sont les cordes vocales qui divisent le larynx en trois étages. L’ensemble du larynx est suspendu à la structure anatomique environnante et mobile. Sa position dépend de forces musculaires. Lorsqu’on chante, les cordes vocales s’écartent, se rétrécissent, s’accolent ou s’allongent. La fréquence de ces vibrations varie avec la tension des cordes vocales. Plus elles sont tendues, plus elles vibrent vite, plus le son émis est aigu. La tension est commandée par le cerveau et transmise par les muscles environnants. Encore une fois, la pratique du chant va permettre la maîtrise de la tension des cordes vocales. Des exercices d’assouplissement vont permettre de conquérir de nouvelles fréquences (hauteurs sonores) et d’étendre le registre de la voix.

     

     

    Le système respiratoire, on l’aura compris, tient une place cruciale dans le mécanisme de la parole et du chant. Lorsque nous expulsons l’air de nos poumons, les cordes vocales sont fermées et une pression s’accumule sous la glotte. Quatre forces entrent alors en action. La première est cette pression qui tend à écarter les cordes vocales. La deuxième est liée à l’élasticité des cordes vocales qui tend à les rapprocher l’une de l’autre. La troisième est constituée de la dépression conséquente au passage de l’air. Elle tend, elle aussi, à rapprocher les cordes vocales. Enfin, les forces développées par les muscles du larynx qui tantôt écartent, tantôt rapprochent les cordes. C’est sous l’effet de ces quatre forces que les cordes vibrent et créent enfin le son. Tout le monde connaît les mécanismes principaux qui constituent le système respiratoire. La respiration est donc un phénomène automatique, réflexe. Lors de l’inspiration, nous gonflons les poumons, nous écartons les côtes grâce aux muscles intercostaux et nous tendons le diaphragme. L’expiration est le résultat des phénomènes inverses. Dans le chant, le jeu consiste à prendre les commandes de ces mécanismes, de les exploiter et d’en augmenter les possibilités. Le travail sur le diaphragme qui sépare la cavité thoracique de la cavité abdominale permet d’affiner la synergie entre celui-ci et les muscles respiratoires. Sa maîtrise est essentielle pour tous les chanteurs et se combine aux forces qui s’exercent au niveau de la glotte.

     

    Voix systeme Respiratoire

     

    On le voit, il s’agit donc bien d’un travail spécifique et complexe dont le seul but est d’émettre un son chanté. Mais toute cette technique ne serait rien sans l’élément suprême de contrôle qu’est l’oreille. Elle est le support organique de la voix. Ici aussi, les musiciens sont amenés à faire un travail considérable pour affiner les facultés que nous avons tous, mais qui sont sollicitées d’une tout autre manière dans la pratique musicale. Ces sensibilités musicales développées, elles permettent d’avoir une perception critique du son émis et, en conséquence, l’adaptation d’une correction « en direct ». Mais plutôt qu’une longue description, prenez le temps de visualiser le parcours que suit le son à travers la mécanique merveilleuse de l’oreille.

     

     

     

    Une fois la vibration sonore transformée en signal nerveux, notre cerveau analyse, décortique, identifie et interprète le son par rapport à sa « bibliothèque ». D’autres circuits peuvent alors agir pour faire moduler le son que nous avons émis pour qu’il se rapproche de l’idéal stocké au sein de cette fabuleuse base de données.  Voilà, en résumé tout ce qui se passe lorsque nous émettons un son. Mais la finesse du travail, l’entraînement à la souplesse de tous ces organes sont les seuls moyens pour que les chanteurs puissent un jour pratiquer les répertoires lyriques. Le chemin est très long, très exigeant et, comme toujours, nombreux sont ceux qui se lancent dans l’aventure, et rares ceux qui parviennent à la maîtrise. Question de discipline, d’hygiène de vie et surtout … de passion !

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