parole

  • Dire ou écrire ?

     

    Il faut sans doute chercher dans l’offensive hivernale des derniers jours la raison de l’augmentation subite de la fréquentation des blogs et de celui-ci en particulier. Je ne peux en effet pas savoir comment évoluent les autres. Je constate, par ailleurs, une recrudescence des commentaires, donc de la participation active des lecteurs à cette forme de communication qui, comme Jean-Pierre Rousseau l’a signalé tout récemment, se présente parfois comme un journal intime ou un carnet quotidien.

     

    Il est, me semble t-il, important de respecter l’expression de chacun (c’est une des règles de la démocratie) tant qu’elle reste dans les limites de l’acceptable et les blogs que je consulte régulièrement le sont tous profondément attaché à cette règle, sans exception. Pendant presque un an d’activité, je me suis efforcé d’aborder de nombreux sujets par le truchement des articles quotidiens que vous connaissez. Vous l’aurez remarqué, mon propos est centré sur la musique surtout, sur l’art ensuite et sur l’actualité plus rarement mais régulièrement.

     

    C’est que, bien loin d’exposer culture et érudition, je considère, l’œuvre d’art comme le vecteur le plus essentiel de notre nature profonde. Le ressenti d’une symphonie, par exemple, peut être rattaché à notre expérience d’être humain et n’est pas seulement le fait de la volonté d’un artiste de distraire un éventuel public. C’est bien de mon besoin d’expérience et de ressenti qui constituent l’essence du blog, que je voudrais vous dire deux mots aujourd’hui.


     

    Ordi



     

    Chaque phrase écrite sur ce blog est le résultat, je le crois fermement, d’un travail personnel qui n’engage que moi-même, comme d’ailleurs tous les propos de tous les articles de toutes les formes d’expression. Au-delà des événements historiques et analytiques admis généralement de tous et considérés comme objectifs (qui font d’ailleurs l’objet de publications diverses et souvent spécialiées), le contenu de mes messages cherche à laisser percevoir au lecteur ma vision de l’œuvre, et, par extension du monde dans lequel nous vivons. Il serait bien trop pessimiste à mon goût de croire qu’une œuvre du passé n’a rien à nous apprendre sur notre présent et notre futur. Cela reviendrait à reléguer l’œuvre d’art au rang d’une antiquité plaisante, mais sans grand intérêt, si ce n’est documentaire. Or, si les génies du passé ont encore beaucoup à nous dire sur nous-mêmes, c’est parce qu’ils se posaient les mêmes questions que nous et y ont cherché les réponses en accord avec leur vision du monde. Les transposer et les confronter à la nôtre est une leçon d’humilité et un progrès individuel non négligeable (mais qu’est-ce que le progrès ?).

     

    Je ne suis pas seulement un passionné de musique. Je suis fasciné par les richesses de l’esprit et de l’émotion humaines au point que leur découverte et leur assimilation sont devenues les motivations principales de mes diverses activités. Dans chaque exposé que j’ai la chance de faire, l’expression de la pensée de l’artiste et son rapport avec nos modes de fonctionnement sont devenus primordiaux. C’est maintenant pour moi une nécessité. J’ai tellement entendu de commentaires secs, austères et sans vie que j’éprouve une répulsion pour tout ce qui évite le rapport entre l’activité des hommes dans le passé et notre quotidien (exception faite pour des sujets scientifiques qui ne peuvent progresser que dans une spécialisation peu accessible aux non initiés). Car je suis persuadé que l’art véhicule intensément notre actualité (mutatis mutandis) et que chacun, du plus érudit au moins instruit, a le droit de l’éprouver.

     

    Les mécanismes humains sont cependant souvent complexes et leur abord n’est pas toujours facile. Je dirais que ce que notre nature a besoin de ressentir, notre culture l’empêche souvent. D’où cette absolue priorité au langage accessible au plus grand nombre. Je le constate tous les jours. L’exercice me semble plus facile oralement que par écrit. Dans l’écrit, on ne voit pas la réaction de ceux à qui on s’adresse, on ne peut donc pas corriger son expression en temps réel. Cet exercice que je pratique donc quotidiennement depuis plusieurs mois maintenant me met souvent dans une situation délicate. Formuler l’idée complexe avec le moins de mots tout en essayant d’être fidèle à ma pensée, trouver les images adéquates qui permettent la détente du lecteur face au texte, voilà le défi ! Je vous avoue que je n’y arrive pas toujours comme je le voudrais et que, pour moi, rien ne remplace l’expérience de la parole lors d’un exposé que je fais d’ailleurs toujours sans texte, ni la présence d’un public vivant réagissant en direct aux propos (lorsque vous parlez, vous voyez les moues et les attitudes, vous vous adressez directement à lui). Il ne s’agit pas de changer le propos face aux réactions des auditeurs, mais, le cas échéant, d’en varier la transmission, de la nuancer. C’est finalement la même différence que celle qui sépare le concert de l’enregistrement… !

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