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  • Méconnu comme…un belge !

      

    Si la Belgique est surtout connue à l’étranger pour ses querelles communautaires récurrentes, il serait bon de se rappeler que de nombreux artistes et personnages célèbres sont originaires de notre petit pays. Cet article ne se veut pas un « cocorico » aux relents nationalistes, mais je trouve qu’en général, le belge n’est pas assez fier de son patrimoine artistique et musical. Tant dans la musique du passé que chez nos compositeurs d’aujourd’hui, la Belgique devrait s’illustrer plus sur les scènes internationales. Pensons aux magnifiques compositeurs Claude Ledoux et Michel Fourgon qui représentent une bonne part de la création musicale actuelle. Mais qui les connaît en dehors des cercles spécialisés à l’étranger ? 

    Certains l’ont cependant bien compris et les tentatives de remettre à l’honneur certains compositeurs de nos régions ont vu le jour ces dernières années. Il n’est pas utile de citer ici toutes les institutions et organismes qui cherchent à faire découvrir la musique belge. Citons simplement le label discographique Musique en Wallonie qui vient de faire paraître le très bel opéra inconnu d’Eugène Ysaye, « Pierre li houyeu » représenté il y a peu à l’Opéra Royal de Wallonie, l’Orchestre Philharmonique de Liège qui met à son programme discographique en collaboration avec le label Cyprès la symphonie concertante de Joseph Jongen avec Olivier Latry (organiste titulaire des grandes orgues de Notre Dame de Paris, entre autres) et Pascal Rophé, ainsi que le label Pavane qui propose aujourd’hui le second volume des quatuors à cordes (troisième quatuor à cordes et deux sérénades) du même Jongen avec le Quatuor Gong, formé de musiciens issus du même orchestre liégeois.


     

    Quatuor Gong


     

    Vous le savez, les membres du quatuor liégeois font partie de mes amis musiciens. J’ai souvent collaboré avec eux lors de concerts commentés dans des répertoires aussi variés que Haydn, Mozart, Schubert, Brahms, Puccini et Jongen. Je retire donc un vrai plaisir de voir aboutir leur projet d’éditer enfin l’intégrale des quatuors de Jongen, un compositeur qui mérite une attention bien au-delà de notre petit territoire.


     

    JONGEN_Joseph


     

    Joseph Jongen (1874-1953) est un vrai liégeois ayant étudié au Conservatoire Royal de notre ville et, après y avoir obtenu toutes les récompenses possibles, s’est lancé dans une carrière de compositeur recueillant au passage dès 1897 le Premier Prix de Rome pour sa cantate « Comala ». Le virus de la composition le contaminera toute sa vie durant. Alternant donc une carrière de compositeur, de pianiste et de pédagogue, son parcours est jonché de nombreuses œuvres de grand intérêt. S’il a abordé presque tous les genres, sa prédilection reste la musique d’orgue.


     

    Jongen, OPL, Rophé, Latry


     

    Son style reste profondément influencé par la musique de César Franck et de Vincent d’Indy. Les procédés cycliques impliquant la construction d’une œuvre à partir d’un thème générateur se transformant tout au long du discours en de nombreuses métamorphoses expressives et générant de nombreuses idées secondaires sont le maître mot de sa musique. Pourtant, d’autres influences sont clairement perceptibles comme l’approche du chromatisme issu de l’écriture de Richard Wagner et la tendance à créer des harmonies très « colorées » comme on en trouve chez Gabriel Fauré et chez Claude Debussy. Sa rythmique procède du même esprit. Elle est d’un dynamisme de tous les instants et procure à l’auditeur un sentiment temporel souvent très proche de la musique française. La recherche de couleurs orchestrales ou instrumentales fait partie intégrante de son style. Qu’on écoute son « Clair de lune pour orchestre » (édité par Musique en Wallonie et interprété par l’OPL dirigé par Jean-Pierre Haeck) pour s’en convaincre. 

    C’est dire que ce nouveau cd du Quatuor Gong est une contribution majeure à la connaissance de l’œuvre de Jongen. Leur style cherche avant tout la clarté des phrases souvent longues, tortueuses et finement ciselées, dompte un contrepoint complexe et chromatique en favorisant la clarté et l’indépendance des voix et travaille sur la couleur qui en résulte. Cette musique sonne alors avec toutes les couleurs d’un kaléidoscope et nous transporte loin dans l’émotion post romantique d’un homme de grande sensibilité. Bien que plus anecdotiques, les deux sérénades (la première tendre et la seconde dramatique) sont une preuve de plus de l’art achevé d’un compositeur qui mérite plus de reconnaissance à l’étranger.

    CD Jongen Gong

     


     


     

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