pirotte

  • Intemporel…



    La sonate pour hautbois et clavier obligé en sol mineur BWV 1030 de Jean-Sébastien Bach qui était au programme de notre concert de l’U3A ce mercredi soir est une œuvre vraiment charnière dans l’histoire de la musique. Sylvain Cremers et Geneviève Pirotte nous l’ont montré avec une force exceptionnelle.


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    On ne sait pas si l’œuvre était d’abord destinée au hautbois ou à la flûte car il semblerait qu’une version pour hautbois en sol mineur ait précédé la désormais traditionnelle version en si mineur pour la flûte. Toujours est-il qu’elle fait désormais partie des œuvres pour flûte à côté d’autres pièces du même esprit. Mais le hautbois est loin de dénaturer la pièce. Au contraire, il lui donne une couleur « pastorale » et une touche de mélancolie que la flûte a parfois de la peine à exprimer avec autant de force. Mais mon propos n’est pas de discuter sur la validité des versions et des interprétations. En effet, on pourrait également longuement gloser sur l’usage du piano chez Bach, je l’ai déjà fait par ailleurs.

    Ce qui m’importait, dans mon commentaire de l’œuvre, c’était de faire sentir à quel point Bach, tout en restant lui-même, le maître du contrepoint, des techniques imitatives et de la fugue, parvenait également à faire sentir qu’il n’avait rien à envier à la nouvelle esthétique, celle de ses enfants et celle qu’il rencontrera quelques années plus tard chez le roi Frédéric II de Prusse.

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    Bach en 1715



    Car on a longtemps gardé l’image d’un Bach austère, tourné vers le passé, théorique et fermant l’époque baroque bien tardivement en 1750. C’est oublier que, à la même époque, depuis déjà deux décennies, ses propres enfants cherchaient à développer une musique plus adaptée aux circonstances musicales. On voit, en effet, dans la première moitié du XVIIIème siècle, l’apparition d’un style qui se veut plus simple, plus mélodique, ornementé et virtuose, un style qui répond aux nouvelles exigences des concerts naissants et des besoins d’une musique immédiatement compréhensible par un public un peu plus large. Il faut bien dire qu’une œuvre du père Bach demande bien souvent plusieurs auditions pour être comprise à sa juste valeur. Cette écoute répétée étant impossible à l’époque, sauf pour ceux qui pouvaient jouer ou lire l’œuvre, une minorité donc, Jean-Sébastien a donc parfois fait figure de « dinosaure » démodé et inaccessible.

    Mais si Carl Philipp Emmanuel est un acteur de cette musique galante, il a été à bonne école et, très rapidement, il prend conscience que la concession extrême au public est nuisible à la qualité de la musique. Il en arrive donc à développer une théorie en rapport avec les préoccupations artistiques littéraires et picturales de son temps, ce qu’on appelle l’ « Empfindsamkeit », esthétique qui veut renouer avec l’expressivité par des accidents du discours, des surprises harmoniques et rythmiques, bref des affects qui sont censés bouleverser les auditeurs. On peut voir là les prémices du « Sturm und Drang », puis du romantisme du XIXème siècle.

     

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    Manuscrit autographe de la sonate en si mineur pour flûte et clavecin BWV 1030, début de la partie de flûte.




    Et bien les sonates pour flûte de Bach, composées pour l’essentiel pendant la période de Cöthen (entre 1717 et 1723), au moment où Bach est invité à composer de la musique instrumentale et dispose de solistes de bon niveau, nous montrent qu’il savait adopter le style nouveau. Il le fera, du reste dans la fameuse sonate en trio de l’Offrande musicale BWV 1079. Il est possible que cette sonate BWV 1030 soit un tout petit peu postérieure et ait été composée en 1725, mais ce n'est qu'un hypothèse...

    Alors, en pratique, le style se fait bien mélodique, l’affect expressif joue constamment entre les couleurs diatoniques et les douleurs du chromatisme, une émotion que le choix de si mineur, pour la sonate BWV 1030, confirme durant tout le premier mouvement. Donc, si la pose expressive de cette musique est proche du style galant, Bach reste pourtant lui-même. Imitations entre les voix, basse continue et contrepoint, ornementation comme conséquence du geste musical, science parfaite des proportions et des métamorphoses thématiques, le grand Bach est bien là, réussissant un premier mouvement qui s’impose d’emblée comme une charnière historique. Le deuxième mouvement est tellement proche de la musique de roi de Prusse… ! Un rythme de sicilienne, largo e dolce, un dialogue serré entre les deux musiciens, une émotion à fleur de peau et une ornementation foisonnante… de l’émotion à l’état pur.


    Enfin, le final divisé en deux parties séduit par une fugue presque austère soutenue par un motif quasi religieux en croix à la basse démontrant encore l’aisance du maître dans les techniques savantes, avant qu’une gigue très enlevée, virtuose et imitative ne termine la pièce dans une virtuosité jubilatoire et dans un mouvement qui soulève l’enthousiasme des auditeurs et laisse admirer la force des musiciens… une perfection absolue !

    C’est ce parcours, très résumé ici, auquel nous ont invité Sylvain Cremers et Geneviève Pirotte en se prêtant de bonne grâce aux difficiles exercices du concert commenté  et en prenant part à la partie pédagogique en expliquant les mécanismes du jeu du hautbois, avant d’interpréter la sonate avec un brio et une force expressive hors du commun. Je leur tire mon chapeau !  Et aux dires des auditeurs, l’expérience est plus que concluante… un énorme succès et la promesse de la poursuite d'expériences du même type…

    En attendant, voici quelques photos du concert. Nous les devons à Myriam Noben... un tout grand merci!

     

     

     

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