polina bogdanova

  • De Verviers à Saint-Pétersbourg

     

    Les Musicales Guillaume Lekeu, qui se dérouleront à Verviers de 1er au 3 octobre prochains au Musée des Beaux-Arts et de la Céramique ainsi que dans la Salle de l'Harmonie s'articuleront autour du thème du voyage. J'y commenterai, au dit Musée, le concert d'ouverture donné par la pianiste russe Polina Bogdanova. Voici, ci-dessous, le texte d'introduction que j'ai rédigé pour le dossier de presse des Musicales... de quoi, je l'espère, vous donner l'envie de nous rejoindre pour partager ces moments musicaux inoubliables... (Réservation: 087/39 30 63) 

    La Russie, immense et mystérieuse, contradictoire souvent, terre de labeur, terre de culture, elle ne cesse de fasciner. Pays des tsars puissants tournés vers l’Occident ou des tyrans sanguinaires, adeptes d’un  rejet global de l’Europe, la Russie a de longue date attiré les artistes étrangers. Il est fort à parier que sans eux, la musique russe n’eût pas été celle que nous connaissons. 

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    Si la toute-puissante tradition orthodoxe engendra une vocalité et un répertoire uniques durablement mis en œuvre par les compositeurs jusqu’à nos jours, elle fut aussi la cause d’un développement tardif des formes instrumentales et opératiques. Faisant pression sur le tsar Alexis 1er, l’Église parvint à faire interdire, en 1648, l’usage des instruments de musique qu’elle considérait comme diaboliques. 

    Pourtant, lorsque Pierre 1er le Grand (1672-1725), qui séjourna quelques temps à Spa en 1714, décida de fonder une nouvelle capitale, il comptait faire de son pays une terre moderne, tournée vers l’Occident. L’apparition de Saint-Pétersbourg sur la scène européenne va de pair avec un développement militaire, scientifique, commercial et culturel d’un pays ancré dans un conservatisme d’un autre âge. La ville, somptueuse, riche et dynamique devint ainsi une formidable fenêtre sur l’Europe. Et puisque désormais la Russie voulait compter parmi les grandes puissances, il lui fallait rayonner, tous domaines confondus. L’art et la musique figurèrent aux premier rang de cet essor. Naturellement, les artistes étrangers affluèrent et jetèrent les bases d’un nouvel art russe progressivement détaché de l’emprise de l’Église. 

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    Polina Bogdanova

    L’opéra se développa sous l’influence des italiens, et la musique instrumentale connut une vague de popularité sans précédent. Les autorités invitèrent donc les musiciens français et allemands à s’installer à Saint-Pétersbourg et à former des compositeurs et des interprètes russes. Le voyage à Saint-Pétersbourg devint un must pour les musiciens de nos régions. Ils se produisirent avec succès et trouvèrent, en fonction de leur réputation, l’occasion d’enseigner et de transmettre leur art. 

    Ce fut justement le cas du verviétois Henri Vieuxtemps (1820-1881) qui s’y produisit triomphalement dès ses 17 ans avant d’y séjourner six ans comme musicien de la cour du tsar Nicolas 1er. Il y occupa les fonctions de soliste du Théâtre impérial et contribua à la fondation de la classe de violon du Conservatoire de Saint-Pétersbourg. On connaît la suite ; le prestige de l’École russe ne sera jamais contesté et si elle doit un peu de son aura à notre verviétois, par ailleurs fondateur de l’École belge tout aussi prestigieuse, le voyage de Verviers à Saint-Pétersbourg n’aura pas été inutile.

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    Éliane Reyes (c)Jean-Baptiste-Millot

    C’est donc sans hésiter et dans l’esprit des voyages initiatiques que Jeanine Gillard a voulu sous-titrer l’édition 2015 des Musicales Guillaume Lekeu : « De Verviers à Saint-Pétersbourg » . Le concert d’ouverture illustrera parfaitement ce parcours en regroupant des fugues de Bach, Beethoven, Vieuxtemps, Lekeu et Chostakovich. Polina Bogdanova vous emmènera dans un parcours riche et émouvant que je commenterai avec passion.

    Comme partout à l’époque romantique, les salons de Saint-Pétersbourg résonnent de la sublime musique de Frédéric Chopin. Valses simples, valses de salon et valses brillantes, … c’est une intégrale de celles du compositeur polonais que nous aurons, lors du deuxième concert, la joie de redécouvrir sous les doigts enchanteurs d’Éliane Reyes

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    Anne Renouprez et Fabian Jardon

    Enfin, la soprano Anne Renouprez nous régalera des sublimes airs de concert de l’éternel Wolfgang Amadeus Mozart entrecoupés par quelques pièces pour piano seul interprétées par Fabian Jardon… un esprit de voyage, certes, mais surtout trois parcours musicaux exceptionnels, entre Verviers et Saint-Pétersbourg que je vous souhaite remplis de mille découvertes et de profondes émotions…

    Jean-Marc Onkelinx 

     

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