préhistoire

  • Musique préhistorique ?



    Évoquer ce qu’ont pu être les musiques de la Préhistoire reste très hasardeux. À l’inverse des traces archéologiques matérielles, les sons ne se conservent pas. Seuls peuvent persister des morceaux d’instruments de musique… à la condition que ces objets en provenance des âges si lointains soient effectivement des instruments de musique. C’étaient, outre les problèmes de chronologie et d’apparition de l’art, les propos que je tenais lors du cours sur l’origine de la musique lundi après-midi.

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    Car la question la plus importante lorsqu’on aborde des périodes aussi reculées, concerne la notion même de musique. Que peut-on entendre par l’adjectif « musical » à propos des vastes périodes qui touchent au paléolithique et au néolithique ? Si l’archéologie nous offre de modestes indices, qui peut déterminer l’usage de ces objets étudiés par la « paléo-organologie » ?

    Et puis, il y a la question de savoir ce qui peut être nommé musique. En en reprenant la définition courante, on dira que la musique est « l’art de combiner les sons ». On y ajoutera la notion de cohérence dans l’agencement plus ou moins complexe de ceux-ci et leur appartenance à un code propre lié un groupe culturel donné. Ces précisions permettent d’opposer ces manifestations sonores au bruit.

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    Représentation rupestre dans la célèbre grotte "Des trois frères", le petit sorcier jouant de l'arc musical (?)



    Et pourtant, en faisant abstraction de notre esthétique musicale, même si le bruit a de tous temps été utilisé en musique, il faut bien convenir qu’il peut revêtir une fonction « musicale » s’il s’intègre aux codes culturels évoqués ci-dessus. On suppose ainsi qu’un raclement, qu’un cri, que le fait de frapper la poitrine avec les mains ou d’entrechoquer deux pierres entre elles peuvent posséder une valeur « musicale » et s’intégrer à une structure psychologique plus vaste s’apparentant aux rites, à l’activité sociale, à la chasse, …ou même au simple plaisir sonore… ! On peut aisément imaginer la fascination de l’homme face au phénomène sonore, sa volonté d’en produire lui-même, son désir d’imiter les sons naturels, …

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    Les instruments qui composent ces activités sonores sont donc des « objets sonores » qu’il ne nous faut pas confondre avec nos notions actuelles d’instruments de musique. Ils servaient sans doute à la communication au sens large. Un sifflet en os de renne, par exemple, a du servir d’abord pour avertir. Ce n’est que plus tard qu’il a pu prendre une fonction musicale selon l’usage qu’on en faisait.

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    Tableau chronologique des objets sonores de la préhistoire repris du catalogue de l'exposition Préhistoire de la musique au Musée de Préhistoire de Nemours en 2002.



    De plus, il nous faut relativiser la notion de « beau son ». Chercher le timbre originel des objets sonores de la préhistoire, c’est donc buter contre les notions esthétiques qui régissent notre perception de l’art « beau ». Il est donc indispensable de dépasser cette barrière et d’accepter avec curiosité l’étrange ou le banal, d’adopter une attitude d’ouverture et de tolérance nous permettant d’être disponible pour recevoir d’éventuels chocs sonores archétypaux.

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    Flûte Hohle Fels Allemagne 35000 ans



    Si les instruments sont rares et leur usage incertain, il faut bien convenir que les idées que nous pouvons avoir sur l’archéologie musicale préhistorique sont basées sur l’observation d’éléments para-musicaux. Et si la pratique sonore s’inscrit au sein de toute l’activité humaine, c’est seulement en traçant des ponts entre ces diverses pratiques que l’on peut tirer quelques hypothèses sur la musique elle-même.

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    Panoplie d'"instruments de musique" du paléolithique: Rhombe, sifflets, flûtes taillées dans des os de vautour.



    Encore faudrait-il pouvoir discerner ce que la voix humaine, le plus périssable des instruments, pouvait produire, comment elle le faisait et pourquoi. Et là, ce sont toutes les théories sur l’origine du langage et de la pensée et de l’émission sonore qui sont en question. C’est l’origine de la voix parlée/chantée que les linguistes étudient avec fort peu de moyens d’ailleurs et de complexes théories sur les archétypes du langage articulé. Toutes ces notions préliminaires avaient pour but de nous faire remarquer que l’Homo sapiens a dû être très tôt un « Homo vocalis », pour reprendre la terminologie du célèbre phoniatre Jean Abitbol et qu’il s’est immédiatement converti en un « Homo musicalis » comprenant vite qu’à la voix pouvaient s’ajouter des objets sonores d’une inouïe (le terme est tout à fait adéquat) diversité.

    Une chose est sûre, le monde de la Préhistoire n'est pas silencieux ou seulement peuplé de bruits et de cris inquiétants comme on l'a cru longtemps. Il est au contraire d'une richesse de timbres, de couleurs et de finesses insoupçonnés. Il déclenche notre imagination et nous laisse rêver sur ces longues périodes qui ont dû voir l'homme devenir musicien et dompter lentement mais sûrement la musique et ses outils...!

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