present

  • Quel temps ?



    Non, malgré le titre du billet, je ne vous livre pas aujourd’hui une réflexion sur la météorologie mais quelques pensées sur l’autre temps, celui dont nous prétendons qu’il coule irrémédiablement.

    Car si l’Histoire est l’étude du passé, elle n’est pas une histoire du temps… ! Pourtant, à chaque époque, les penseurs ont bien dû réfléchir sur ce phénomène tellement important dans notre vie qu’est le temps. Et il est bien instructif de sonder de temps à autre les manières dont les époques historiques ont envisagé le phénomène temporel car les œuvres des hommes sont en fortement dépendantes. Et lorsqu’on analyse les œuvres d’art, qu’elles soient musicales ou autres, il peut être dangereux d’appliquer des notions qui nous sont aujourd’hui naturelles à des productions du passé dont les auteurs avaient une tout autre image. Voici, pour nous en convaincre quelques avis éminents des sages d’époques différentes. Vous en conviendrez avec moi, notre image du temps, entre Saint Augustin et Stephen Hawking, a bien évolué même si le commun des mortels reconnaît encore la logique du premier comme familière et a bien du mal à visualiser celle du moderne… Changer notre vision du temps… cela prend beaucoup de temps… !

    « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais qui si rien ne passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent. » (Saint Augustin (354-430), Confessions, Livre XI).

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    Saint Augustin, portrait du VIème siècle




    « Qui pourra le définir ? Et pourquoi l’entreprendre, puisque tous les hommes conçoivent ce qu’on veut dire en parlant de temps, sans qu’on le désigne d’avantage. » (Blaise Pascal (1623-1662), De l’esprit géométrique).

    « Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt… Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le présent et le passé sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » (Blaise Pascal, Pensées).

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    Portrait de Blaise Pascal




    « Le progrès, c’est là votre chimère. Il est le rêve du XIXème siècle comme la résurrection des morts était celui du Xème ; chaque âge a le sien. Quand, épuisant vos greniers et ceux du passé, vous aurez porté plus haut encore votre entassement de sciences et de richesses, l’homme en se mesurant à un pareil amas en sera-t-il moins petit ? » (Adolphe Bossert (1832-1922), Schopenhauer et ses disciples).



    « Mes amis, je suis celui qui enseigne l’éternel retour. Voici : j’enseigne que toutes choses éternellement reviennent et vous-mêmes avec elles, et que vous avez déjà été là in nombre incalculable de fois et toutes choses avec vous ; j’enseigne qu’il y a une grande, une longue, une immense année du devenir, qui, une fois achevée, écoulée, se retourne aussitôt comme un sablier, inlassablement, de sorte que toutes ces années sont toujours égales à elles-mêmes, dans les plus petites et les grandes choses. » (Friedrich Nietzsche (1844-1900), Œuvres, vol. 10).

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    Friedrich Nietzsche




    « On tenait autrefois pour évident que la Terre était plate et que le Soleil tournait autour. Pourtant, depuis Copernic et Gallilée, nous avons dû nous accoutumer à l’idée que la Terre est ronde et qu’elle tourne autour du Soleil. De même, il était évident que le temps s’écoulait au même rythme pour tous les observateurs, mais depuis Einstein nous avons dû accepter que le temps s’écoule différemment pour des observateurs différents. Il semblait aussi évident que l’Univers avait une histoire unique ; pourtant, depuis la découverte de la mécanique quantique, nous devons considérer l’Univers comme ayant toutes les histoires possibles. Il me semble que l’idée de temps imaginaires est quelque chose qu’il nous faudra aussi accepter. C’est un bond intellectuel du même ordre que de croire à la rondeur de la Terre. Je pense que le temps imaginaire en viendra à paraître aussi naturel que la rondeur de la Terre aujourd’hui. Il ne reste plus guère de partisans de l’idée que la Terre est plate parmi les gens évolués.

    Vous pouvez vous représenter le temps réel, ordinaire, comme une ligne droite orientée de la gauche vers la droite. Mais vous pouvez aussi considérer une autre direction du temps, du bas vers le haut de la page. C’est le temps dit « imaginaire », qui est à angle droit du temps réel. » (Stephen Hawking (1942), Trous noirs et bébés univers).

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    Stephen Hawking


     

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