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  • Ralph Vaughan Williams

    Et puisque nous sommes plongés, cette semaine dans la musique anglaise, c’est l’occasion de vous parler un peu d’autres compositeurs que Britten déjà souvent évoqué dans les articles de ce Blog. 

    Petit-neveu de Charles Darwin et fils d’un pasteur, le compositeur anglais Ralph Vaughan Williams (1872-1958) a fait ses études de violon et de composition au Royal College of Music à Londres. Il y fréquente entre autres Gustav Holst (le compositeur de la fameuse suite consacrée aux Planètes) qui devient rapidement son ami. Il poursuit alors des études au Trinity College à Cambridge. Il  s’installe à Londres et entreprend de nombreux voyages dans son propre pays pour recueillir des chansons traditionnelles authentiques. Celles-ce feront partie de son langage musical.


     


    Ralph Vaughan Williams


      

    Il se marie en 1897. Découvrant ensuite l’Allemagne, il suit l’enseignement de Max Bruch. Il devient en 1901 docteur en musique de Cambridge et va chercher en 1908 à Paris les conseils éclairés de Maurice Ravel, dont il tirera le meilleur bénéfice du point de vue de l'exigence de l'écriture et de la concision du style. Au-delà de quelques essais de jeunesse, ce n'est en fait que vers la trentaine avancée qu'il s'engagera sur la voie d'une activité créatrice qu'il n'abandonnera, d'ailleurs, qu'à l'article de la mort. Sa carrière sera consacrée tout entière à la musique comme organiste, musicologue, conférencier, éditeur, chef d'orchestre, pédagogue, et surtout, bien sûr, compositeur.


     

    Ralph Vaughan Williams 2


     

    La Première Guerre mondiale vient interrompre sa carrière musicale naissante. Il devient ambulancier pour l’armée et se trouve, à de nombreuses reprises tout près des déflagrations de l’artillerie. Les visions désolées des champs de bataille le marquent pour toujours et les bruits des canons entament son audition de manière irréversible. Il deviendra sourd dans ses dernières années. 

    Professeur de composition au Royal College of Music de 1919 à 1938, il conserve également une grande activité de direction d’orchestre. Grand amateur de la musique de Bach, il dirigera à de nombreuses reprises les Passions selon Saint Jean et Saint Matthieu. 

    Lorsqu’il meurt en 1958, il est universellement reconnu. Auteur de 10 symphonies et de pièces pour orchestre dont les plus connues sont les fantaisies sur le chant populaire « Greensleeves » et sur un thème de Thomas Tallis. On connaît aussi son poème concertant pour violon et orchestre The Lark Ascending (l’envol de l’alouette). Sa musique de chambre et son œuvre vocale et ses musiques de film restent encore souvent à découvrir. 

    On a souvent comparé la musique de Vaughan Williams à celle de son compatriote Gustav Holst (je vous parlerai de lui demain). On la définit comme typiquement anglaise. L’influence de la musique populaire y joue un rôle important, mais ce qui frappe surtout, c’est l’accessibilité de son langage musical teinté d’un romantisme encore bien présent malgré quelques incursions dans le monde de la dissonance, des frottements de timbres proches, toutes proportions gardées de Debussy et de Sibelius et une importance accordée aux hymnes d’origine religieux (bien qu’il ne fut pas particulièrement croyant). Ses formes de prédilections sont orchestrales. Grandes symphonies ou concertos (pour des instruments rares parfois à l’image du curieux concerto pour tuba). En allant plus loin, on peut affirmer que l’utilisation des mélodies recueillies au cours de ses recherches ethnomusicologiques semble s’opposer aux climats éthérés et aux couleurs infinies de son orchestre. Les premières sont liées à l’idée de la vie, de la terre et de la nature, les seconds semblent souvent vouloir offrir une vision intemporelle et immobile de l’univers, aboutissement de sa pensée sur le temps et l’existence. Si on découvre de temps à autre l’influence de l’orchestration et de l’harmonie de Maurice Ravel, il ne s’agit jamais d’imitation, mais de convergences techniques. Ravel, chez qui il prit des cours durant trois mois en 1908, dira d’ailleurs à son sujet : « C’est le seul de mes élèves qui ne copie pas ma musique ». 

    La cinquième symphonie est considérée comme la création la plus réussie de Ralph Vaughan Williams. Dans les années 1940, son langage musical était arrivé à maturité. Le mélange du style des mélodies folkloriques et du sien propre atteint un remarquable équilibre. Composée entre 1938 et 1943, son style est très différent de la très dissonante quatrième. Elle marque un retour au romantisme de sa symphonie « pastorale », la troisième (1921). 

    Bien que le ré majeur en soit la tonalité principale, l’œuvre utilise tout autant le do majeur et superpose les deux tonalités dans une polytonalité très colorée. Une large place est laissée aux vents dans l’orchestration. Les cuivres soutiennent de longues harmonies et les mouvements de balancier tandis que les flûtes, hautbois, cor anglais et clarinettes distillent les thèmes et les mélodies. 

    Plusieurs thèmes de sa cinquième sont issus de son opéra, inachevé à l’époque, « The Pilgrim’s Progress » (la Marche du pèlerin). Cet opéra ou conte moral comme le compositeur le nommait était en gestation depuis plus de dix ans. Il en avait même décidé d’abandonner le projet. Bien que l’opéra tourne autour de la religion, de la foi et de la morale, la symphonie se veut sans programme déterminé. Divisée en quatre mouvements comme toutes les symphonies de Vaughan Williams (à l’exception de la septième), elle s’ouvre par un prélude. 

    Dans la tonalité habituellement lumineuse de ré majeur, la symphonie s’ouvre par de calmes appels des cors sur un motif rythmique typique qui sera le fil conducteur du mouvement. Dans une forme libre les thèmes, tirés de l’opéra, et en particulier de la conversation entre le pèlerin et l’Evangéliste au premier acte, s’étirent dans un large mouvement de balancier, symbole du temps, qui architecture toute la pièce. Vers la fin du mouvement, une citation clairement religieuse du traditionnel « In Nomine » anglais crée une ambiance toute spirituelle. 

    Le scherzo qui suit est plus vif et dansant. Il est perturbé par les interventions parfois violentes et rauques des cuivres. Suit alors une superbe romance. La superbe mélodie du cor anglais, tirée encore de son opéra, produisait sur le compositeur une émotion mystique toute particulière : « Elle me donne le repos par ses plaintes et la vie par sa mort ». La partie centrale, plus contrastée, sur les mots du pèlerin « Sauve-moi, Seigneur, mes fautes sont plus lourdes que ce que je peux porter ». La romance est le centre affectif et spirituel de l’œuvre toute entière qui se termine alors par un mouvement noté passacaille. Bien qu’effectivement le final débute par une basse obligée répétitive typique de la passacaille, il s’écarte vite de la direction initiale. Le thème triomphant, aidé des cuivres en fanfare, ramènent l’ambiance apaisée du premier mouvement. 

    La cinquième symphonie fut dédiée à Jean Sibelius sans lui demander son avis. Ce dernier appréciera cette musique et sera, selon ses dires, honoré que l’œuvre lui soit dédiée.


     

    Vaughan Williams Previn LSO


     

    Dans cet enregistrement, André Prévin traduit magnifiquement la vision du compositeur. Il renforce les indications de la partition pour favoriser un climat détendu et des couleurs chatoyantes. Lyrisme, dynamique, précision de la direction tout y est. Le dernier mouvement, par exemple, est plus lent que le tempo indiqué par la valeur métronomique de la partition. Pourtant, l’effet produit est magique. Les cordes sont d’une douceur incroyable, même dans les redoutables passages très aigus des mélodies populaires. Le chef déploie un admirable rubato, plein de tendresse et toujours subtilement maîtrisé. Tous ces climats sont rendus avec une pertinence et une rare émotion. Le London Symphony Orchestra nous offre ici le meilleur de lui même dans une homogénéité de tous les instants. A découvrir…

     

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