quatre saisons

  • Drôle de prêtre !



    Antonio Vivaldi avait orienté sa vie vers la musique et… la prêtrise. Il avait ainsi le devoir de dire la messe. Or, il cessa rapidement cette activité sous prétexte d’une santé défaillante, une oppression de la poitrine que la petite histoire fait remonter au traumatisme subit lors du tremblement de terre qui aurait eu lieu le jour même de sa naissance. Mais ce handicap ne l’empêcha jamais de mener une vie musicale… et extra-musicale trépidante.

    Et le compositeur vénitien ne faisait rien pour passer inaperçu. Il écrivait de nombreux opéras et concertos, il jouissait d’une belle renommée et gagnait beaucoup d’argent. Il entreprenait de longs et pénibles voyages et ne se déplaçait qu’en gondole ou en carrosse. Il était toujours accompagné d’une cohorte féminine qu’il justifiait en disant qu’elles connaissaient bien ses infirmités et qu’elles lui étaient d’un grand secours. Mais leur présence à ses côtés alimentaient surtout les rumeurs…

    vivaldi,quatre saisons,prêtre,marcello,il teatro alla moda

    Caricature d'Antonio Vivaldi par Pier Leone Ghezzi en 1723.



    Le comportement « scandaleux » du Prêtre roux fut jugé tel qu’en 1720, parut à Venise un petit livre satirique intitulé Il teatro alla moda dont l’auteur restait anonyme. « Cet ouvrage, présentant les travers du monde de l’opéra sur le mode de conseils à rebours destinés à ses différents acteurs, visait Vivaldi comme cible principale sous le pseudonyme d’Aldiviva, anagramme transparent d’« A. Vivaldi ». Plus que tout autre à cette époque, celui-ci personnifiait ce genre musical. La dérision s’exerçait à l’encontre de tous les personnages et à leurs pratiques ; la critique était d’autant plus blessante qu’elle ridiculisait les défauts bien réels et visibles : le librettiste pliant son texte non aux nécessités de l’action mais, par exemple, aux désirs des machinistes, le compositeur écrivant ses airs non selon les exigences du livret mais selon celle des chanteurs ou selon des règles stéréotypées, ces derniers faisant fi des indications du musicien, les chanteuses donnant libre cours à leurs propres caprices, l’impresario rognant sur le coût des instrumentistes au détriment de la qualité musicale, etc.

    vivaldi,quatre saisons,prêtre,marcello,il teatro alla moda



    Sur la couverture figurait une amusante caricature de trois personnages-clés du théâtre Sant’Angelo et du San Moisè, naviguant sur une péotte, barque en usage dans la lagune. À l’avant, un ours en perruque (l’impresario Orsatto, assis sur des provisions faites grâce au produit de ses manigances) ; aux rames, l’impresario Modotto, ancien patron de péotte déférant au service du précédent ; à l’arrière, un petit ange (Vivaldi) avec son violon, coiffé d’un chapeau de prêtre et marquant le rythme par sa musique pour donner l’allure.

    vivaldi,quatre saisons,prêtre,marcello,il teatro alla moda



    L’auteur était en réalité Benedetto Marcello, musicien lettré et dilettante, qu’opposaient à Vivaldi sa conception de l’existence, sa qualité de membre de la famille propriétaire en titre du Sant’Angelo, alors en litige avec le Prêtre roux et, peut-être, une certaine jalousie envers ce rival de génie, issu de la plèbe.



    Vivaldi produisit à la fin de l’année 1720 deux nouveaux opéras au Sant’Angelo, mais le succès du pamphlet de Marcello suscita peut-être chez lui le désir de « prendre l’air » et de multiplier les voyages pour s’éloigner de temps à autre de sa ville natale. Il partit de Venise à l’automne 1722 pour Rome, muni, de surprenante façon, d’une lettre de recommandation à la princesse Borghèse écrite par Alessandro Marcello, le propre frère de Benedetto… ! » Wikipédia

    Des anecdotes sur la vie de Vivaldi sont assez nombreuses. Toute la difficulté historique est de déterminer leur véracité. Entre rumeurs et professions de foi, la vie du compositeur reste bien souvent ensevelie sous de nombreuses zones d’ombres. Il disparaît de la circulation à de nombreux moments, réapparaît dans le monde musical. Bref, on est loin de tout connaître de l’un des plus célèbres compositeurs de l’histoire. Cette magie et ce mystère qui entourent Il Prete rosso entretiennent aussi sa popularité. Sa musique, elle, ne souffre aucun mystère. Elle figure parmi les œuvres les plus appréciées des mélomanes d’aujourd’hui. Son immense production est extrêmement variée. Outre ses concertos, on redécouvre aujourd’hui une production très vaste dans l’opéra et dans la musique religieuse.



    Cet homme, qui avait renoncé à dire la messe, n’avait pas perdu la foi. Les commentateurs d’époque semblent tous d’accord pour dire que l’habit du prêtre dans lequel il paraissait toujours et que la lecture répétée du bréviaire dont il ne se séparait jamais en faisaient l’un des personnages les plus dévots de Venise. De nombreux spécialistes actuels accréditent cette thèse.

    Lien permanent Catégories : Musique 0 commentaire