redecouverte

  • Félix Mendelssohn en 2009

     

    L’année 2009 est encore chargée en ce qui concerne les anniversaires et commémorations de compositeurs. Haendel, mort il y a tout juste 250 ans et Haydn dont on célèbre le bicentenaire de la disparition, sont au programme de nombreuses éditions discographiques. L’enthousiasme pour Félix Mendelssohn, pourtant né l’année de la disparition de Haydn, est, pour l’instant, beaucoup plus discret. Il y a bien quelques rééditions et l’une ou l’autre publication discographiques, mais guère plus que d’habitude.


     

    Mendelssohn



     

    Il faut dire que ce romantique est l’un des moins populaires de la génération de 1810. On l’oublie parfois, son génie précoce l’amène à composer tôt, alors que Beethoven, Schubert et Weber sont toujours vivants… Et, inévitablement, on compare…ce qui n’est pas comparable ! Les titans du premier romantisme allemand ont occulté de nombreuses personnalités musicales qui mériteraient d’être mieux connues et je crois que Félix Mendelssohn en fait partie. Alors, dans son cas, on a crié au miracle, on a comparé l’enfant au jeune Mozart, on a cherché à l’expliquer en fonction de son attrait pour Bach. Tout cela est bien beau et juste en partie, mais c’est souvent lui refuser une originalité et une individualité qui est pourtant le propre des romantiques.


     

    Mendelssohn à 12 ansMendelssohn à 12 ans



     

    Si Mendelssohn jouit d’une aisance financière due à sa riche famille, si son ancêtre était le grand philosophe qu’on connaît, si, encore, son statut religieux oscille entre la judaïté et le protestantisme (ce que ses contemporains lui reprocheront tout de même souvent), il serait temps de reconsidérer le jeune homme à sa juste valeur. Un adolescent d’abord bien conscient des enjeux de la nouvelle musique initiée par Beethoven. Il n’ignorait par les articles élogieux de E.T.A. Hoffmann et recevait l’enseignement du maître par l’intermédiaire de ses plus fervents admirateurs tels que Moscheles et Berger. Ses rencontres avec C.M. von Weber en 1821 et 1825 et son attrait pour la littérature terminaient de l’initier à la grandeur de Shakespeare et à la féerie des récits chevaleresques dans leur transposition musicale. Il était donc bien un homme de son temps et je crois que son aisance matérielle ne doit pas occulter ses recherches de l’expression d’un tragique personnel souvent plus porté sur la fréquentation des grands mythes et de la littérature que sur sa vie personnelle. Il n’empêche, il faut pouvoir la ressentir, cette gravité que d’autres avaient trouvée dans leur propre existence ! Et lorsque cette tragédie l’accable réellement, lui, l’homme jadis heureux, il possède tous les moyens pour les mettre en musique avec cette terrible force existentielle. Ecoutez, pour vous en convaincre le violent quatuor à cordes de 1847 (N°6 en fa mineur op. 80) consécutif à une année douloureuse se terminant par la mort de sa très chère et fusionnelle sœur Fanny. C’est l’homme déchiré, abattu comme un arbre qui hurle toute sa douleur.


     

    Fanny MendelssohnFanny Mendelssohn



     

    C’est sans doute parce que nous écoutons toujours les mêmes quelques œuvres que nous croyons cet homme sans intentions et que beaucoup le considèrent comme fade. Rien n’est plus faux. …Et sa dernière œuvre, un petit lied, Nachtlied op. 71 n°6 dont le texte d’Eichendorff commence par ces vers crépusculaires : 

    Le jour s’achève

    Au loin retentissent les cloches ;

    Ainsi le temps franchit toute la nuit,

    Emportant certains qui n’y songeaient pas. 

    Cette musique résonne comme une marche funèbre, son tempo lent, son piano simulant les cloches et le glas, l’usage fréquent des intervalles de septième diminuée et pourtant, la tonalité héroïque de mi bémol majeur, celle de Beethoven … et du Rhin dans ce qu’il a d’essentiel au niveau existentiel chez les romantiques que Wagner illustrera avec force dans le prologue du Ring. Précoce dans son art, précoce aussi dans sa mort. Il s’éteint un peu plus tard sans atteindre la quarantaine en 1847.  

    Non, il n’y a pas que la « Marche nuptiale » qui, retirée de son contexte, est devenue le symbole kitsch des cérémonies de mariages. Reprenez tout le Songe d’une nuit d’été (qui contient cette fameuse marche mais aussi une marche funèbre), musique de scène idéalement construite pour commenter Shakespeare, ouvrez vos oreilles aux inflexions toutes romantiques du concerto pour violon ou de la symphonie « Italienne ». Le romantisme y est bien là. Mais n’en restez pas là, parcourir la musique de chambre (superbes trios avec piano !) est une source de découvertes inouïes. La cinquième symphonie « Réformation » et l’abondante musique religieuse, pas seulement les grands oratorios, magnifiques constructions indéniablement influencées par Bach, nous montrent le génie de la rhétorique et du contrepoint dans leur renouvellement romantique. Et tout cela sans oublier la musique de piano, qui va de l’impromptu dans sa version de salon aux grands préludes et fugues d’une force extraordinaire. 

    Et pour compléter la redécouverte de ce compositeur essentiel, pour le situer dans son exact contexte historique, philosophique et politique, vient de paraître un ouvrage désormais essentiel de Brigitte François-Sappey chez Fayard : Félix Mendelssohn, La lumière de son temps. Il ne passera pas beaucoup de semaines pour que je vous reparle de l’une ou l’autre de mes découvertes de la musique de Mendelssohn.


     

    François-Sappey, Mendelssohn



     

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