reich

  • Répétitif ?

    Steve Reich (1936) est célèbre pour être l’un des initiateurs de la musique répétitive et minimaliste américaine. J’ai toujours été fasciné par le côté hypnotique de ses rythmes et de ses mélodies qui, dans ce que le compositeur nomme le « phasage » (phasing) et le « déphasage » produit des effets hypnotiques saisissants. Ce phénomène qui consiste en un décalage graduel des motifs musicaux les uns par rapport aux autres. La découverte de ce procédé, dont le compositeur mesurera bien vite les limites artistiques, est le résultat d’un hasard technique survenu à ses magnétophones en 1960 alors qu’il enregistrait le discours d’un prêcheur à San Francisco. Il eut alors l’idée de faire passer deux boucles du même son et de les accélérer progressivement l’un par rapport à l’autre, ce qui créait des décalages sonores et de nouvelles sonorités.


     

    Steve Reich

    Steve Reich



     

    Dès 1965, des œuvres de ce genre furent adaptées aux bandes magnétiques avant d’être prévues et pratiquées par des instruments réels (Reed Phase, en 1967 pour saxophone).associés aux bandes, puis, finalement aux instruments seuls, joués en direct (Piano Phase et Violin Phase en 1967 également). Cherchant à affiner le procédé, il décide du temps de décalage et le varie en fonction de l’œuvre et de l’effet temporel qu’il veut créer. Cherchant alors à exploiter toutes les ressources du procédé sur le public, il simplifie considérablement les thèmes pour les faire assimiler aisément par les auditeurs qui seront alors ensuite capables d’identifier les décalages et la variété des nouveaux motifs ainsi produits. Cela le conduit tout naturellement à exploiter le phénomène rythmique résultant de l’utilisation d’instruments à percussion (Drumming, 1971). Cette œuvre, la plus aboutie en la matière est aussi la dernière à n’exploiter que le phasage/déphasage. Elle est rythmiquement parlant le résultat d’un voyage au Ghana et de l’attrait pour les rythmes africains. Reich, perméable aux influences de la musique pop et rock, l’est tout autant des musiques du monde si riches dans leur diversité mélodiques et rythmiques.


     

    Steve_Reich_Drumming
    Drumming en 2007 à Stockholm
     


     

    Ainsi, il évolue vers une recherche mélodique de plus en plus affirmée, même si elle reste très simple et très rythmique. Nagoya Marimbas, la pièce que vous pouvez visionner et écouter ci-dessous date de 1994. Composée suite à la commande du conservatoire de musique de Nagoya au Japon, elle utilise deux marimbas. Brève pièce d’à peine quelques minutes, elle reprend le principe des décalages de phases traités plus mélodiquement qu’avant. Les changements s’opèrent aussi plus vite et font évoluer la texture assez rapidement (Drumming, sur un thème de huit notes, comportait quatre mouvements dont la durée cumulée avoisinait les 90 minutes !). Ici, l’œuvre est non seulement d’une grande difficulté technique, mais se rapproche aussi et surtout des recherches plus récentes du compositeur sur le minimalisme. Le résultat, tout en étant très séduisant, relève d’un travail sur le temps musical. Rythmé, donc mesuré, les décalages et variations progressives du motif de départ créent un sentiment de suspension du temps qui pourtant semble encore obéir à ses directions habituelles (passé-présent-avenir). Du motif originel joué par le premier percussionniste, on ressent une fonction primitive du temps qui coule. Chaque événement est à prendre alors en temps réel et devient difficile à prédire. Alors, laisser-vous aller à cette fascinante musique… !


     


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