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  • Le quotidien



    Finies les vacances…! Tout rentre dans l’ordre… et pour beaucoup, c’est un sentiment de routine qui s’installe à nouveau. J’en connais plus d’un dont la seule motivation dans le travail se résume à… attendre les nouvelles vacances ! Triste non ? Et pourtant si banal. Si je ne suis pas de ceux-là, c’est une question de tempérament et de passion.  C'est aussi une question d'environnement. Pour moi, il change continuellement: rencontres, déplacements, variété des matières abordées, plaisir d'échanges toujours renouvelés, ... bref, j’aime ce que je fais et on me le rend bien. Alors, dans ces conditions, ce n’est pas un poids de travailler, mais une chance.  Et si, comme tout un chacun, une certaine lassitude peut pointer le bout de son nez dans certains aspects du travail, les autres la compensent bien vite.

    Voici un texte dont je prends la liberté de citer mot pour mot le premier volet et dans lequel je me suis retrouvé. Réflexion sur le temps, sur l’éternel retour des jours, des semaines des mois et des années, pensées sur le sens de la vie, sur celui, du moins, que nous pouvons lui donner.

    « C’est juste le temps d’un jour, pas celui d’une nuit. Un temps tellement court que l’on s’habitue à sa banalité. C’est juste un jour ordinaire qui en poussera un autre jusqu’à ce que quelque chose change, arrive, bouscule un quotidien sans histoire, pour qu’advienne une journée particulière.

    L’esprit de Mai 68 avait résumé le traintrain de la vie ordinaire avec la formule « métro, boulot, dodo », enrobée de la grisaille d’une implacable monotonie. Peut-être, après tout, que le quotidien n’est pas beau à voir, qu’il se moque des lendemains qui chantent : pour lui tout se passe maintenant, et il ne se passe rien, rien qu’il ne connaisse déjà, un autre jour semblable à la veille qu’il traine derrière lui.

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    Le quotidien ne serait alors que la mémoire de ces faits et gestes qui se rejouent sans cesse. L’impression uniforme d’une existence qui se déroule sans qu’on y participe vraiment, sur un mode trop lent pour les uns, trop rapide pour les autres. Difficile de concevoir que cette addition d’un jour à un autre jour fera l’œuvre d’une vie ou ne sera qu’une longue lutte, sans cesse recommencée, pour survivre. À vrai dire, s’il y a bien quelque chose d’inquiétant dans le quotidien, c’est l’idée qu’il pourrait soudain ne pas avoir de suite, être le mot de la fin. Tout à coup, il nous renvoie à la vacuité de l’existence – non pas celle, propice à la vie de l’esprit et à la méditation, qui créerait une sorte de vide bénéfique à une plus grande spiritualité, non, à quelque chose de vain, comme un combat perdu d’avance. Quoi qu’il arrive, on se sent condamné à recommencer le même « jour après jour ». À moins que le seul événement qui s’introduise dans la longue litanie de la routine et du pain quotidien ne soit notre propre mort, mais nous n’y assisterons pas… Alors, il faut sans doute ruser avec le quotidien, lui trouver un sens, le prendre de haut pour qu’il cesse d’être terre à terre, et lui donner ce qu’il faut de légèreté pour l’affranchir de la pesanteur, d’une certaine impression de piétinement. Il faut en convenir avec Héraclite : on ne se baigne jamais dans le même fleuve, tout est en devenir, en mouvement, rien n’est donc jamais la répétition du même. Tout cela a un sens et va d’un point à un autre sur la flèche du temps.

    Nous avons oublié que nous sommes faits pour être debout et donc pour voir plus loin que nos pieds, mais surtout plus haut. La dimension verticale nous sort du quotidien, le rêve nous donne des ailes et nous élève. Victor Hugo l’affirme : « Comme on fait son rêve, on fait sa vie ». Et puisque nous voulons vivre heureux, rappelons-nous ces quelques conseils de Séneque à son ami Lucilius : « Observe bien, lui écrit-il, nous laissons échapper la plus grande partie de la vie à mal faire, une grande part à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce qu’il faudrait. […] Saisis toutes tes heures. Tu dépendras moins de demain, si tu empoignes aujourd’hui ».

    Si cet empoigner le quotidien de la philosophie stoïcienne semble avoir un accent plus vigoureux que le délicieux carpe diem des épicuriens, il s’agit pourtant de la même aventure : construire sa vie. Or tout construction ne tend-elle pas à s’élever ? N’oblige-t-elle pas à faire surgir de l’informe quelque chose d’autre, d’inattendu ? Le quotidien deviendrait alors, ainsi que le rappelle Bergson dans l’Évolution créatrice, ce temps de « l’imprévisible nouveauté », nous demandant alors d’être créateurs de nous-mêmes. Il nous obligerait ainsi à être responsable de notre histoire et à prendre en main, à empoigner, chaque jour notre sort… Dans L’Amour fou, André Breton proclame : « La surprise doit être recherchée pour elle-même, inconditionnellement » (Martine Laffon, Le musée philosophique, Paris, Milan, pp. 85-89).

     

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    Alors, en ce jour de rentrée, quel que soit vos états d'âme, c’est une année pleine d’action, de découvertes et d’émerveillement que je vous souhaite de tout cœur.

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