requiem

  • Lacrimosa

     

    Qu’on le veuille ou non, c’est comme ça ! Il y a des jours qui sont indélébilement liés à des émotions très intenses. Il en est ainsi, pour ma famille et moi-même, du 22 novembre. Il y a trois ans, mon papa s’éteignait dans les ultimes et terribles douleurs d’une longue maladie. Un moment d’une profonde émotion… entre tristesse et soulagement ! Tristesse, parce que quel que soit l’âge auquel nous perdons nos parents, nous sommes des orphelins, rien n’y fait. Soulagement, parce que le moment de la mort met un terme aux souffrances terrestres et que, quelle que soit la pensée spirituelle qui nous nourrit, on peut, en toute logique, dire que le disparu ne souffre plus.

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    Pour moi, qui vit dans, de et avec la musique, la date du 22 novembre se teinte d’un étrange mélange d’émotions puisque c’est aussi la fête des musiciens, le jour de la Sainte Cécile. Il n’est donc plus possible de séparer les deux, l’un et l’autre se sont joints d’étrange manière dans mon cœur. Et puis c’est l’automne… déjà bien avancé. Plus beaucoup de feuilles sur les arbres, journées courtes et parfois très sombres comme ces derniers jours. Les quelques jours qui ont précédé le départ de papa étaient pleins de lumière, de cette lumière automnale, certes crépusculaire, mais rappelait que le monde est beau. Cette lumière, perçue par la fenêtre de la chambre d’hôpital est pour moi inoubliable et d’un tel contraste avec le tragique de ce qui se passait dans la dite chambre…

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    Orazio Gentileschi et Giovanni Lanfranco Sainte Cécile et l'Ange (National Gallery of Art)

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    Enfin, et c’est ce n’est pas la moindre chose pour moi, le 21 novembre, la veille, je donnais une conférence, ça ne s’invente pas, sur le Requiem de Giuseppe Verdi. Le hasard des programmations organisées au moins un an à l’avance en était la seule raison. Mais comment, ce jour-là, n’avoir pas été ému plus que d’habitude par le formidable doute du compositeur, par son besoin d’exprimer le repos éternel avec, parfois, ses grands moyens d’opéra, mais bien plus souvent avec une sincérité absolument désarmante, d’une profonde émotion spirituelle. Pour reprendre la formule éclairante d’Arrigo Boito à propos du compositeur : « Verdi avait perdu la Foi, comme nous tous. Plus que d’autres, il en avait gardé le regret ».

     

    Le Lacrimosa du Requiem, qui dépasse et de loin les larmes du mortel face à la mort, est une prière pour la paix, pour le repos éternel, … que Verdi voudrait voir transcendée par la lumière. En témoigne le sublime Amen juste après les larmes. Le morceau commence par une marche funèbre aux cordes. La voix de mezzo chante une longue mélopée bouleversante. La basse se joint à elle en reprenant sa mélodie. Pendant ce temps, l’orchestre continue sa marche, mais la mezzo monte progressivement une échelle vers la lumière, moment que Verdi choisi pour un instant lumineux en ré bémol majeur, comme suspendu. La mélopée reprend avec chœur et solistes réunis. Le Pie Jesus est a capella d’abord, puis reprend le thème du Lacrimosa en une émotion incertaine… lumière et doute s’y côtoient… comme dans la vie. Les voix se taisent un instant. Les cordes seules disent l’essentiel, la profonde et sublime émotion, avant que pianissimo, les voix réunies disent les derniers mots : Dona eis Requiem, comprenez la Paix ! L’Amen, en deux notes, donne le sentiment d’une extraordinaire colonne de lumière, puis l’orchestre, dans le doute, ponctue et referme la pièce profondément bouleversée.

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    Sainte Cécile à la Cathédrale d'Albi

    Aujourd’hui, je ne peux plus écouter ce morceau sans avoir les larmes aux yeux. Je me suis souvent, depuis, posé la question : mes larmes sont-elles celles de la douleur, de la tristesse ou celles de la consolation, de la réconciliation avec le monde ou encore celles d’un inextinguible besoin de paix ? C’est sans doute tout cela à la fois ! Nous pensons fort à toi, papa. Bon repos !

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