retransmission

  • La voix dans tous ses éclats!

     

    Les concerts de clôture du Concours Reine Elisabeth  sont souvent l’occasion pour le public mélomane de se faire une vraie idée de l’art des lauréats. Nous avons eu de la chance à Liège d’assister mercredi soir, en avant-première, à la Salle Philharmonique, au concert diffusé hier soir en radio et télévision en direct du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.


     Affiche Programme


    C’est d’abord l’occasion de confronter deux images auditives différentes. La première, naturelle, celle de la salle et de la réalité vocale du chanteur, la second, celle de la diffusion radio. Incroyable ! Cela n’a rien de commun. Les voix faibles en volume et couvertes par l’orchestre deviennent, en radio d’une clarté exemplaire. Le mixage fait beaucoup…dans l’autre sens aussi, d’ailleurs. La voix très puissantes de Bernadetta Grabias en concert est redevenue "normale" sur les ondes.

    Bernadetta Grabias

    B. Grabias



    Certaines choses se clarifient alors. La force de la nature que représente cette chanteuse ne m’avait pas frappé lors des finales vues et écoutées depuis mon salon. Elle méritait assurément une place dans le haut du panier. Mais ne nous y trompons pas, ses qualités consistent aussi en un timbre chaud, un sens dramatique remarquable et un justesse parfaite.

    On peut dire, de même, que Isabelle Druet confirme son excellent classement non seulement en incarnant ses héroïnes dans un jeu théâtral réinventé par des attitudes en parfait accord avec sa musique mais aussi en subjuguant le public par une sympathie hors du commun (Offenbach!). Sa voix superbe confirme un talent exceptionnel que la retransmission ne nous offre qu’à moitié tant sa maîtrise de la salle doit être vécue en direct. On la retrouvera en novembre prochain à l'OPL en compagnie de François-Xavier Roth.

    Isabelle DruetI. Druet


     

    Bonne surprise également que la deuxième française de la soirée, Gabrielle Philiponet dont le début dans le duo des Noces de Figaro de Mozart avec Isabelle Druet laissait présager moins de personnalité. Son bel canto, toujours impeccable, est aussi capable de merveilles. Dans les demi teintes, elle parvient à moduler la voix avec une virtuosité remarquable et dans l’aigu, elle possède une force et une justesse redoutables sans jamais rien perdre de son timbre. Elle sera sans doute idéale pour les scènes de folie de Donizetti et de Verdi. On se réjouit déjà de la retrouver à l'ORW dans le Gilda de Rigoletto, Le directeur, Stefano Mazzonis l'a annoncé lors des propos d'entracte.


     Gabrielle PhilipponetG. Philiponet


    Pour le reste, je reste fidèle à mes premières impressions. Le ténor biélorusse Yuri Haradzetski ne m’a pas fait meilleure impression. J’ai été déçu par Anna Kasyan à qui je prêtais plus de talent dramatique dans le bel canto. Fatiguée, peut-être, je l’ai sentie sans entrain et criarde dans l'aigu. Quant au Premier prix , Szabolcs Brickner, sa belle voix de ténor, bien timbrée et sa relative puissance sonore ne suffisent pas à me convaincre qu’il était bien le meilleur. Sa diction française reste un point essentiel à travailler! Je reste surpris par un palmarès qui montre tant d’inégalités inexplicables. Je ne suis décidément pas le seul à regretter l'absence de la magnifique soprano anglaise Elizabeth Bailey...

     

    A Liège, le public bien connu pour sa spontanéité ne s’y est pas trompé réservant un accueil triomphal aux trois vedettes de la soirée, Isabelle Druet, Bernadetta Grabias et Gabrielle Philiponet, les vraies gagnantes du concours de chant 2008. Mais quelle importance…seule compte la musique !

     

    A ce propos, il me semble utile de saluer la performance de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie qui, hors de la fosse, a su enchaîner les partitions très variées de ce concert avec beaucoup de justesse. Tout en respectant les chanteurs (pas en les couvrant…comme je l’ai entendu dire !), ils ont cherché la couleur adaptée à chaque mélodie et air. Seul bémol à cette remarquable prestation, les huit violoncelles et les cinq contrebasses ; c’est trop pour Mozart,…peut-être aussi pour Donizetti… ! Une belle soirée dans l’ensemble… !

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