roi

  • Trait d’union



    Je ne suis pas spécialement porté sur la royauté et je m’intéresse peu à la vie de nos monarques comme à celle de ceux des autres pays. Ceci étant dit, je suis, comme beaucoup de Belges, attaché au Royaume de Belgique où il m’a toujours semblé que le Roi pouvait était un facteur d’unité d’un pays qui, il faut bien le dire, fut construit sur l’assemblement de régions très différentes, ne fût-ce que linguistiquement… donc culturellement.

    Ceux qui ont suivi les complexes démêlés politiques de jadis et qui scrutent avec angoisse ceux qui se présenteront bientôt admettent tous (ou presque) que le Roi Albert II a joué là un rôle essentiel d’équilibre, qu’il a su tempérer les ardeurs et le griefs des uns et des autres, qu’il a fait preuve d’une bienveillance très humaine et, parfois, d’une autorité efficace plus paternelle que politique. C’est vrai, la Belgique vit sur un volcan politique qui se réveillera sans doute trop vite. Si les querelles linguistiques ont bon dos… et que l’exacerbation de la sensibilité populaire se joue sur le terrain par les partis politiques, le fin fond des choses reste manifestement financier. La riche et courageuse Flandre refuse de payer pour la pauvre et paresseuse Wallonie. Plus le discours est direct et populiste, plus il semble fonctionner auprès des certaines parties de la population… créant même parfois des frustrations inattendues…

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    Et pourtant, j’ai encore en mémoire cette devise de la Belgique trônant en lettres d’or (et en français seulement) dans la Gare d’Anvers : « L’Union fait la Force »… Si la gare a été complètement et merveilleusement rénovée, l’inscription a été conservée… dans une ville où il ne fait pas toujours bien vu de parler français.

    Les « joyeuses sorties » du Roi Albert II ont témoigné, il me semble de cette fracture de plus en plus grande. Il suffisait d’observer l’engouement pour le couple royal lors de ses trois visites de villes, une par Communauté pour saisir le fossé qui, même dans le sentiment d’une nation unie, sépare les Belges. Certes, la royauté a toujours divisé les Belges, l’affaire n’est pas neuve ! Mais pour les adieux d’un roi aussi paisible, je ne m’attendais pas à de telles différences ! À peine quelques centaines de personnes pour les accueillir à Gand… et au vu des micros-trottoirs… surtout des francophones… ou des flamands qui parlent très bien le français. Mais aussi des opposants à la royauté brandissant drapeaux et slogans ! Autre ambiance à Eupen, en pays germanophone, où plus de deux mille personnes acclamaient le Roi et la Reine pour les remercier chaleureusement. Mais c’est à Liège, la ville francophone où ils se rendaient que l’accueil aura été le plus extraordinaire. Ville certes beaucoup plus grande qu’Eupen, mais ville au légendaire capital sympathie. Les Liégeois ont cette chaleureuse manière de se mobiliser efficacement quand la situation l’exige… triste ou joyeuse. On se souvient tous des événements qui ont bousculé la quiétude liégeoise ces dernières années et qui ont rassemblé les Liégeois de manière spontanée. Mais, il faut le souligner, dans chacune des situations importantes pour Liège, le Roi était là, attentif, compatissant… bienveillant !

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    On l’a vu, lui ou sa famille, à de nombreuses reprises en Cité ardente, à l’OPRL, à l’ORW, qu’il visitait d’ailleurs tout à l’heure, dans les entreprises de la région, lors des catastrophes… depuis son enfance jusqu’à ses dernières heures de règne, le Prince de Liège, puisque c’est le titre qu’il avait avant d’être roi, a montré toute son affection pour les liégeois qui, à leur tour, ont su la lui rendre avec une force d’émotion intense.

    Sa dernière visite, aujourd’hui, aura été très forte, rythmée des « Mercis, Sire » et « Vivent le Roi et la Reine » scandés par la foule enthousiaste. Bouleversant de voir tous ces gens, ces anonymes qui l’un par un bouquet, l’autre par un modeste présent, l’autre encore par un dessin d’enfant, par une simple poignée de main ou un sourire ému témoigner de leur vrai respect pour leur souverain ! Émouvants, les discours du Gouverneur et du bourgmestre, manifestement émus eux aussi, qui rendaient hommage aux rapports entre la ville et son roi !

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    Le futur Roi Albert II et sa mère, la Reine Astrid, épouse de Léopold III à l'Hôtel de Ville de Liège.



    Mais bouleversant également, cette image d’un roi, fatigué, prenant le temps de s’arrêter, d’avoir un geste ou un mot pour chacun, de le voir, lui aussi surpris et touché d’un tel enthousiasme… de voir la Reine, Paola, essuyer une larme devant tant de marques d’affection. Après tout, ces monarques n’étaient pas obligés de rencontrer cette foule et de parcourir le pays pour lui rendre une dernière visite… Ils auraient pu se contenter du jour de la Fête nationale… Ils ont simplement montré leur attachement à tous !

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    À travers cette visite j’ai ressenti la fierté d’être liégeois. J’ai reconnu dans cette foule cette convivialité, cette bienveillance, cette sympathie formidable qui est celle des liégeois. Vous le savez, un liégeois ne renie jamais sa ville, même s’il peut parfois être critique, même si son sentiment d’être Wallon domine et que celui d’être Belge veut persister contre vents et marées, encore et encore… Alors, juste avant cette date historique que sera le 21 juillet 2013 pour le Royaume de Belgique, je voulais, moi aussi, en toute modestie, dire merci à ce couple royal pour le trait d’union profondément humain qu’il aura été entre tous les belges.

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