romance oubliée

  • Romance oubliée

    Intrigué par la Romance pour piano qui ouvre le récital de Lang Lang consacré à Franz Liszt et par son sous titre "Ô pourquoi donc,", j'ai mené une petite enquête qui m'a conduit à la découverte d'autres pièces que je ne connaissais pas.

     

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    Il faut dire que l'oeuvre pianistique de Liszt est immense et qu'on n'en connaît que quelques aspects seulement. L'intégrale enregistré par Leslie Howard pour Hyperion ne fait pas moins de 96 cd's!

     

     

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    Fin 1880, Arnold Simon, éditeur à Hanovre, remit à Franz Liszt le manuscrit retrouvé par hasard d'une romance pour piano non publiée, que ce dernier avait écrite en 1848 et totalement oubliée depuis.

     

     

    Cette pièce pour piano était l'adaptation du lied intitulé "Les pleurs des femmes" sur un poème de Caroline Pavloff dont le texte complet est repris ci-dessous:


     

    Oh pourquoi donc, lorsqu'à leurs chemins
    Les doux bonheurs ne manquent pas,
    Pourquoi donc pleurent-elles toutes,
    Les pauvres femmes d'ici-bas?

    Ne jetez pas sur ce mystère
    Votre dédain froid et cruel,
    Et par le rire de la terre
    N'insultez pas les pleurs du ciel.

    Ce qui soudain déborde en elles
    Nul de vous ne l'éprouverait;
    Mais vous, laissez ces esprits frêles
    Se bercer de leur deuil secret.

     

     

    le lied avait été composée en 1843 et publié un an plus tard. Franz Liszt était à l'époque à la fin de sa relation avec Marie d'Agoult. Près de quarante ans plus tard, donc, l'éditeur Simon souhaitait publier la Romance pour piano retrouvée et il en demanda l'autorisation à Liszt.

    Le compositeur saisit l'occasion pour en proposer une version remaniée sous le nouveau titre de Romance oubliée. Elle parut en 1881 dans quatre versions différentes: piano seul, violon et piano, alto et piano et violoncelle et piano.

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    Franz Liszt à la fin de sa vie

     

     

     

     

     

    Mais peu après la mort de Liszt, l'éditeur Christian Bachmann publia la fameuse Romance de Simon et en fit imprimer l'histoire au dos de la partition.

    Il est probable que pour Liszt, le fait d'avoir retravaillé sur un matériau ancien alors qu'il était désormais âgé de 70 ans lui provoqua de vives émotions. C'est tout son passé et sa jeunesse, ses amours, ses aventures de concertistes et ses succès à travers toute l'Europe qui surgissait à travers la Romance oubliée. Et l'écoute des nouvelles versions de la pièce montre une sophistication et un approfondissement des idées de base qui, il faut bien le dire, outre l'influence flagrante du bel canto italien, se résument à un moment musical bien joli.

     

     

    Mais ce qui touche, dans chacune des versions, c'est la conscience du temps écoulé, c'est la manière d'évoquer l'oubli. C'est aussi la naïveté du poème qui avait ému le jeune Liszt, lui qui, bien plus tard, allait développer une pensée certes beaucoup plus philosophique et spirituelle, mais toujours influencée par la féminité. N'est-ce d'ailleurs pas là l'une des caractéristiques du romantisme que de considérer, avec Goethe, Faust et Gretchen, une forme d'éternel féminin rédempteur de l'humanité...?

     

     

    Toujours est-il que dans la foulée de ce travail, Franz Liszt se mit à composer des Valses oubliées (elles sont au nombre de quatre) de toute beauté. Si elles furent peu appréciée lors de leurs premières exécutions, il y eut plusieurs pianistes et auditeurs qui croyaient déceler les faiblesses du compositeur qui "n'avait pas été diplômé du conservatoire"...! Car justement, elles s'inscrivent dans la lignée des dernières oeuvres pour piano et témoignent tant d'une mélancolie de la valse de salon comme Chopin pouvait les concevoir dans les salons parisiens que de la musique du présent. Ainsi, virtuosité, élégance, mélancolie et tournures non tonales se côtoient pour nous offrir un résumé génial de toute la pensée lisztienne.

     

     

    Une belle découverte...

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