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    Petite excursion en Brabant wallon pour profiter en famille de ce dimanche particulièrement estival. Il y avait bien longtemps que nous projetions la visite de l’abbaye cistercienne de Villers-la-Ville. La fin des examens scolaires et la météo favorable incitaient à l’excursion qui, vraiment, vaut le détour. 

    En 1146, à l’invitation du seigneur de Marbais et de sa mère Judith ainsi que sous l’impulsion de saint Bernard, un abbé, douze moines et cinq convers (laïc qui a choisi une vie d’ascèse au sein d’une communauté religieuse) arrivent de Clairvaux en Champagne à Villers pour y fonder une abbaye. Après quelques mois, les religieux choisissent l’emplacement définitif du monastère dans la vallée. Le site présente différents avantages : une vallée suffisamment retirée, de l’eau en abondance et des matériaux de construction à portée de main.


    Villers-La-Ville Abbaye en 1670 gravure anonyme
     


     

    Les premiers bâtiments n’existent plus. L’abbaye a été complètement reconstruite tout au long du XIIIème siècle, à l’époque de son apogée spirituelle et temporelle. Certains abbés sont appelés à de hautes fonctions ecclésiastiques et les textes conservés mentionnent de nombreux moines et convers dans la communauté. L’abbaye compte en ce temps, d’après les chroniques, une centaine de moines et trois fois plus de convers. Le domaine englobe une dizaine de milliers d’hectares, répartis entre Anvers et Namur et exploités par différentes granges (exploitations agricoles, bâtiments et terres compris, que les cisterciens exploitaient dans le but de réhabiliter le travail manuel). Villers-la-Ville bénéficie en outre de la protection des très puissants ducs de Brabant.


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    L’église abbatiale est le bâtiment le plus imposant des ruines : 94 mètres de longueur, voûtes de la nef culminant à 23 mètres de hauteur. Elle compte parmi les premiers édifices de style et de structure gothique de nos régions. Sa construction débute en 1197 en style roman, comme en témoigne le porche d’entrée. Par la suite, dès 1210, et ce par phases successives jusqu’en 1267, on adopte le style gothique plus élancé (longues flèches verticales et arcs brisés) et plus lumineux grâce à ses larges fenêtres en lancette. La rigueur et la sobriété de la décoration, l’une des caractéristiques cisterciennes sont maintenues. Mais l’une des particularités de l’église se repère aisément dans la fréquente utilisation des oculi (fenêtres rondes et baies circulaires) qui se combinent avec les arcs brisés cités ci-dessus. Ainsi, le chœur, par cet étrange mélange, est une construction unique en son genre.


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    Au XVIIIème siècle, on réaménage la façade dans le goût classique, mais il n’en reste rien aujourd’hui. Les témoignages de cet art classique (néo-classique) sont perceptibles dans les restes du palais abbatial, la résidence de l’abbé, construit vers 1720. Il est précédé d’une cour d’honneur et agrémenté de jardins en terrasses avec des fontaines et des parterres.


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    Des premières crises internes apparaissent dès la fin du Moyen Âge (diminution considérable du nombre de convers, …). Du XVIème au XVIIème siècle, l’abbaye est ballotée entre des périodes de calme et des ères troublées. Les moines quittent les lieux à neuf reprises durant cette période pour raisons de sécurité. Par contre, le XVIIIème siècle est une période prospère qu’on nomme le second âge d’or de l’abbaye. Les bâtiments médiévaux sont alors réaménagés, transformés et souvent reconstruits dans le style néo-classique. 

    En 1796, l’administration révolutionnaire française supprime l’abbaye et la vend comme bien à un marchand de matériaux. La dégradation des édifices sera continue. On vend les matériaux, on pille les mobiliers, les murs s’écroulent, le chemin de fer traverse le domaine sans égard pour les restes des constructions anciennes. Les ruines majestueuses du monastère attirent seulement les artistes romantiques et des touristes en quête de pittoresque tout au long du XIXème siècle. Le plus célèbre de ses visiteurs est Victor Hugo en personne. La première restauration débute en 1893 avec la reconnaissance de la valeur du patrimoine par l’Etat belge mais il faut attendre 1984. Une grande campagne de conservation menée par l’architecte Charles Licot butera rapidement sur l’un des problèmes les plus spécifiques des ruines. « Une ruine restaurée est-elle encore une ruine ? » lancera-t-on dans une séance du Parlement belge. Il faudra encore attendre presqu’un siècle plus tard pour voir un nouveau chantier de restauration d’envergure. Le débat sur la qualité des ruines est bien d’actualité et je crois qu’il est bon de maintenir cet endroit préservé d’un romantisme digne des toiles de Caspar David Friedrich.


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    C.D. Friedrich, Cloître


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    Aujourd’hui, l’Abbaye de Villers-la-Ville est un haut lieu touristique de la Belgique et un endroit rêvé pour de nombreuses manifestations artistiques. De nombreux concerts et représentations théâtrales trouvent place dans ce cadre tout à fait unique. Pour ces circonstances, les ruines retrouvent un aspect plus romantique encore grâce aux éclairages qui permettent, par leurs jeux d’ombres et de lumières, d’entretenir le mystère du lieux. A découvrir absolument … !


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