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  • Saint-Géry à Cambrai



    Comme chaque année depuis bien longtemps maintenant, j’étais à Cambrai mardi dernier pour une conférence au Théâtre Jean Vilar. Je vous avais déjà fait part, l’année dernière, de la petite visite de la ville dans un billet que vous pourrez relire en cliquant ici :

    http://jmomusique.skynetblogs.be/archive/2009/11/18/betises-a-cambrai.html

    Mais je n’avais pas encore visité l’église Saint-Géry, dont je m’étais laissé dire qu’elle possédait une toile de Rubens. Comme j’étais en avance sur le rendez-vous au théâtre, j’en ai profité pour combler cette lacune. Je ne l’ai pas regretté.

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    Saint Géry naquit à Yvois, aujourd'hui Carignan dans les Ardennes, de parents chrétiens et romains. Il était diacre de Trèves quand il fut élu évêque de Cambrai-Arras par le clergé et le peuple de Cambrai, entre 584 et 590. Il courut un jour jusqu'à Chelles afin de calmer le roi Lothaire qui s’apprêtait à châtier durement ses diocésains, trop lents à payer l’impôt. Saint Géry occupa le siège épiscopal de Cambrai-Arras pendant trente-neuf ans. Il mourut vers 625. On l'ensevelit dans la basilique de Saint-Médard sur le Mont des Bœufs, qu'il avait construite à l'endroit d'où il avait jadis délogé une idole.

    L'architecture de l'église Saint-Géry est une synthèse entre l'art baroque des Pays-Bas et l'art classique français. Fondée dès le VIème siècle, elle est la plus ancienne église de la ville. Elle devient église abbatiale Saint-Aubert au XIème siècle. Reconstruite entre 1697 et 1745, elle illustre deux traditions architecturales: le baroque des Pays-Bas, et le classicisme français. Sa fonction d’entrepôt des biens confisqués au clergé lors de la Révolution la sauve de la destruction. Depuis de nombreuses années, les responsables du patrimoine avaient identifiés d’énormes travaux à réaliser sur l’extérieur de l’église de sorte que la tour principale que vous observez ci-dessus n’était pas visible mardi à cause d’un échafaudage gigantesque. La première photo présentée ici n’est donc pas de moi.

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    En entrant dans l’édifice, on reste ébahi par la grandeur somptueuse de l’édifice. Vu de l’extérieur, entouré de constructions au sein d’un quartier assez étroit, on n’imagine pas le volume de l’église. On se retrouve alors dans la nef centrale qui est l’œuvre d’un architecte et maître tailleur de Lille du nom d’Antoine Caby qui commença le chantier en 1697. De style classique, bien éclairée, dans de parfaites proportions et d’une grande pureté des lignes, elle offre un bel exemple du style en vigueur en France sous Louis XIV. Les colonnes de 18 mètres de haut rythment l’édifice en le supportant. La notice explicative insiste sur le fait qu’elles s’enfoncent dans les fondations jusqu’à une profondeur de 12 mètres. Elles soutiennent une coupole en briques.

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    L’exceptionnel jubé fut édifié en 1635 par Gaspard Marsy. C’est une sorte d’arc de triomphe ou de galerie transversale autrefois situé entre le chœur et la nef principale, à hauteur de la chaire actuelle. Lors des grandes cérémonies, les lectures de l’Évangile se faisaient du jubé. En 1738, il fut transféré sous le clocher. Il est formé de quatre colonnes de marbre rouge veiné de gris avec un ornement en marbre noir. Ces colonnes soutiennent trois cintres au dessus desquels sont disposés huit panneaux sculptés en albâtre. Ils représentent les miracles de la vie de Jésus représenté maitre des cœurs, des esprits et du cosmos. C’est lui qui tient la terre dans ses mains.

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    De magnifiques orgues surplombent ce grand jubé.

     

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    La chaire est remarquable elle aussi, même si son style romantique du XIXème siècle, légèrement maniéré, avec son double escalier et orné d’une décoration sculptée d’influence végétale. D’autres motifs symboliques décorent la chaire, comme ces trois femmes qui représentent les trois vertus, la foi, l’espérance et la charité. Le panneau central, de forme arrondie, rappelle la multiplication des pains et quatre anges, au pied de l’escalier, sont ornés de couronnes végétales qui évoquent les quatre saisons.

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    Mais c’est surtout pour la toile monumentale de Pierre-Paul Rubens que je faisais la visite. Cette « Mise au tombeau » avait été commandée en 1615 par les Capucins de Cambrai pour orner l’autel majeur de leur couvent. Après la Révolution française, en 1793, lors de l’inventaire des biens nationaux, la toile fut transférée en l’église Saint-Géry. Il s’agit là de l’un des grands chefs-d’œuvre de Rubens. On y retrouve la facture habituelle du peintre anversois. Le corps du Christ est abandonné dans les bras de Marie et de Jean.

     

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    Comme toujours, le Christ, mort, déploie toute sa lumière sur son environnement, mettant ainsi en évidence les couleurs chatoyantes de l’ensemble. Les visages souffrants et tragiques de Marie, de Saint-Jean et de Joseph d’Arimatie traduisent l’expression baroque chère à Rubens. Les musculatures sont également typiques de la recherche du geste et du mouvement. Une attention toute particulière est accordée à Marie-Madeleine dont le visage est envahi par les larmes transparentes de la douleur.

     

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    D’autres trésors encore peuplent l’église Saint-Géry. Entre autres, ce Baptême du Christ attribué récemment à Charles Pierson (1609-1667), un peintre dont je n’avais jamais entendu parler. Et dont la notice nous apprend que « la toile récemment identifiée et restaurée date des années 1645. Elle présente un aspect peu connu de l’œuvre de l’artiste : un paysage somptueux. Construit de manière classique par plans successifs, le vaste décor d’un bleu soutenu, l’étendue d’eau transparente où se reflètent les baigneurs, la source de lumière à gauche du tableau montre un artiste sensible à tous les effets du genre et une belle assimilation du paysage bolonais.

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    Beaucoup d’autres merveilles du patrimoine artistiques rehaussent encore l’église Saint-Géry. En voici quelques unes en vrac.

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    Bernard-Joseph Wamps, Le dernier César, 1744

     

     

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    Choeur de l'église

     

     



    À cette découverte des trésors de Saint-Géry, ajoutons que la sacristie possède de magnifiques armoiries du XVIIIème siècle et un chapier qui conserve des ornements liturgiques anciens. Sous la sacristie, se trouve la crypte funéraire des derniers religieux de l’abbaye Sait-Aubert. La visite valait le détour.

    C’est d’autant plus vrai qu’en reprenant la direction du théâtre, je me suis encore un peu attardé devant La Manutention, ce grand magasin militaire construit au XVIIIème siècle à l’emplacement du refuge des moines de l’abbaye d’Anchin. Conçu pour recevoir le stockage de 15000 sacs de grains, la salle du rez-de-chaussée servant d’arsenal.

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    En 1987, La Manutention a été reconvertie en logements et la grande salle est devenue le lieu d’expositions artistiques.

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    Dernière curiosité du jour, le bâtiment de la Fondation Vanderburch. Ce dernier, incendié en 1918 et en 1986, ne conserve de sa longue histoire que son portique baroque, superbe.

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    En 1626, Monseigneur Vanderburch, archevêque de Cambrai, fonde la maison Sainte-Agnès destinée à l’éducation des jeunes filles pauvres de Cambrai et du Cateau-Cambrésis. Le portail d’origine, conçu et sculpté par Gaspard Marsy, encore lui, est rythmé par des colonnes doriques engagées à bossage. Il est surmonté d’un fronton en accolade aux armes du fondateur.

    Décidément, cette petite ville du nord de la France comporte bien des richesses insoupçonnées. Je suis sûr, puisque j’y retournerai la saison prochaine, d’avoir encore d’autres belles choses à y découvrir.


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