sanderling

  • Stalinisme !

     

    Je me souviens d’un magnifique documentaire musical diffusé il y a quelques années sur ARTE et consacré au grand chef Kurt Sanderling. Il répétait la cinquième symphonie de Dmitri Chostakovitch avec l’Orchestre de la Radio Suédoise et expliquait à ses musiciens le sens de cette symphonie ambiguë (voir l’article correspondant sur ce Blog : http://jmomusique.skynetblogs.be/post/5620840/chostakovitch-et-sanderling) à des musiciens sans doute peu familiarisés avec le double langage du compositeur soviétique.

     

    Dans ses remarques préliminaires à propos du bref scherzo, il demandait à ses musiciens de jouer cette musique avec une forme grinçante d’ironie si typique de Chostakovitch. Il affirmait, à raison, que toutes les pièces rapides et burlesques du maître cachaient une profonde dramaturgie et que seulement là résidait, pour ceux qui pouvaient la décrypter, la vraie raison de ses déconcertantes musiques.


     

     Kurt Sanderling


     

    Il précisait son propos en comparant ce scherzo aux grandes fêtes staliniennes qui regroupaient, dans de grandes salles, un spectacle représentatif de la Russie soviétique. S’y présentaient des danseurs de toutes les régions de l’empire, des défilés de costumes traditionnels, des acrobates et de jeunes musiciens censés démontrer la grande valeur artistique et folklorique que le tyran « favorisait ». Devant une salle choisie et rompue à l’exercice de la satisfaction de rigueur, tout ce petit monde s’agitait dans un splendide spectacle où rien n’était laissé au hasard. Prestations rigoureusement chronométrées et élimination systématique des plus faibles et des imperfections devaient empêcher que le maître s’ennuie.


     

    Joseph-Staline_Mao-Zedong-1950-1


     

    C’est alors que vers le milieu de la courte pièce apparaît un petit solo de violon et plus loin de la flûte solo. Sanderling souligne le côté maladroit de la mélodie et l’hésitation (comme si le musicien avait un trou de mémoire et se rattrapait à la dernière seconde) toute enfantine du jeu. Et bien il y avait de très jeunes enfants réquisitionnés pour ces prestations. Autant dire que la pression sur les parents et les professeurs était forte car il ne s’agissait pas de rater devant Staline…sinon… ! Chostakovitch laisse transpercer à travers cette courte phrase toute l’angoisse, non pas de l’enfant qui joue ce qu’elle peut, mais de l’entourage. La faute serait catastrophique pour toute la famille. A travers une mélodie anodine qui échappe à la plupart des musiciens et des mélomanes, l’interprétation de Sanderling cristallise toute l’essence de la dictature stalinienne.

     

    Quand on apprend qu’aujourd’hui, le régime chinois n’hésite pas utiliser la superbe voix d’un enfant pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, mais d’écarter ce même enfant, pas assez beau, au profit d’une très jolie petite fille qui chante en play back sur la voix de l’autre, au nez et à la barbe du monde entier, je me dis que rien n’a changé. Devait-on douter que le Parti communiste chinois, qui bafoue en toute impunité les droits de l’homme les plus élémentaires, mette tout en œuvre pour démontrer sa surpuissance au risque de se ridiculiser ? Aurait-on pu croire que la cérémonie d’ouverture ait été autre chose que les fêtes staliniennes dont nous parlait Sanderling.


     

     


    Vous verrez, on en apprendra encore d’autres sur ces Jeux, tant sur la manière dont les athlètes sont contraints de s’entraîner que sur l’environnement des compétitions…Chostakovitch savait de quoi il parlait en écrivant sa musique à double fond !

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