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  • Bach et Beethoven



    Soubresaut de début d’année pour les sorties discographiques qui voient coup sur coup deux références majeures émerger du marasme généralisé du marché du disque. La presse s’est d’ailleurs fait l’écho de cette dégringolade des ventes de cd’s tous genres confondus lors de ces derniers mois, obligeant de nombreux disquaires indépendants à fermer tristement boutique. Mais là n’est pas le sujet du jour !

    Deux cd’s me semblent donc sortir du lot. Le premier est celui qu’Andras Scholl, le fameux contreténor, vient de consacrer, chez DECCA à quelques cantates de Jean-Sébastien Bach. Associé à l’Orchestre de chambre de Bâle dirigé par Julia Schröder, le célèbre chanteur nous propose un récital superbe qui s’ouvre par la célèbre cantate « Ich habe genug » BWV 82, l’une des plus connue de Bach. Suit alors la cantate 169 et quelques sinfonias et airs de cantates diverses.

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    Andras Scholl n’en est pas à son coup d’essai en matière de cantates de Bach et on se souvient de ce très bel album consacré à des œuvres pour voix d’alto qu’il avait déjà enregistré avec Philippe Herreweghe pour Harmonia Mundi. Mais voilà, comme tout musicien qui évolue, il aime remettre le couvert et chercher à aller encore plus loin dans l’émotion que véhicule son chant. Il explique d’ailleurs bien sa démarche dans le livret dont il signe une bonne partie du texte. Il y démontre, si besoin est encore, que la musique de Bach véhicule une pensée spirituelle que l’homme ne perçoit pas de la même manière à tous les âges. Non point qu’il soit indispensable de penser à cette intense rhétorique qui illustre chaque mot ou chaque phrase au moment de chanter… mais ce qu’il faut, c’est que le travail de compréhension ait été fait avant le concert ou l’enregistrement pour pouvoir, au moment de l’interprétation proprement dite, pouvoir mettre toutes ces idées au second plan et laisser l’âme faire son travail d’expression de la musique. C’est là seulement, pour Scholl, et je crois qu’il a raison, que l’émotion peut naître de la musique.

    Et ça marche ! Ce qui frappe à l’écoute de cet album qui pourrait être un cd commercial de plus consacré à quelques cantates célèbres du Cantor de Leipzig, c’est justement cette force émotionnelle qui émane de la voix, cette justesse de l’accompagnement orchestral, bref, cette impression de recevoir, nous auditeurs, la plénitude de cette musique.

    Autre découverte de ce début d’année, l’intégrale des Symphonies de Beethoven par les Wiener Philharmoniker dirigés par Christian Thielemann enregistrées pour SONY. Jean-Pierre Rousseau vous en a déjà parlé hier sur son blog et je ne peux que confirmer cet enthousiasme. Il faut dire que la Rolls Royce des orchestres symphoniques, c’est déjà un gage de qualité. On dit que les musiciens refusent, en concert, de descendre en dessous d’un niveau d’excellence quel que soit le chef. Si cette rumeur me fait un peu sourire, je comprends bien ce que les musiciens veulent dire. Il s’agit surtout des qualités individuelles de chacun. Et même si on a déjà entendu cet orchestre dénaturé par d’étranges choix sonores (les symphonies de Beethoven, justement, avec S. Rattle dont parle JPR, les Bruckner iconoclastes d’Harnoncourt ou certains concerts du Nouvel An), il faut bien reconnaître qu’on rêve de l’homogénéité exceptionnelle des cordes, de la justesse et des timbres des bois et de la précision des cuivres rarement pris en défaut.

    J’avais depuis longtemps déjà une certaine méfiance pour Christian Thielemann dont j’avais écouté presque toutes ses publications. Il faut dire que celui qu’on annonçait comme le nouveau maître des orchestres, le nouveau Karajan, m’avait assez déçu dans la Cinquième de Bruckner qu’il avait donné avec l’Orchestre philharmonique de Munich ainsi que dans son Parsifal de Bayreuth que j’avais trouvé sans relief et fade. Mais sa collaboration avec l’Orchestre philharmonique de Vienne avait déjà été fructueuse avec des Strauss remarquables malgré une critique désastreuse (Une Vie de Héros, Symphonie alpestre)…

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    Manifestement, le chef allemand se montre digne de la lignée à laquelle on le rattache. Beethoven est toujours un test implacable. Et il est réussi haut la main. Tempi certes mesurés, phrasés larges, précision de la mise en place, force expressive hors du commun, Thielemann sait tout faire. Il parvient à restituer un Beethoven à la fois classique par ses structures remarquablement mises en évidence et romantique par l’audace de ses rythmes, de ses motifs, de l’usage des instruments et des combinaisons orchestrales. On tient là, il me semble, la version moderne des Symphonies de Beethoven. On l’attendait depuis longtemps. Il s’agissait de conserver la tradition d’interprétation sans lourdeur, mais sans le régime amincissant à la mode et sans les tempi métronomiques (et faux !) trop rapides des partitions (une marche funèbre doit rester une marche funèbre, pas une course !). Revenir à la raison pour créer une version universelle moderne de cette musique, c’était une gageure et une prise de risques, mais le jeu en valait la chandelle… À découvrir absolument !

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