sylvain cremers

  • Piccolo, Hautbois et Compagnie…

     

    En donnant carte blanche à Miriam Arnold, Sylvain Cremers et Étienne Rappe pour le programme du concert de Noël à l’U3A, je savais que le moment musical serait exceptionnel. De l’avis de tous, il le fût. Nos musiciens nous avaient concoctés non seulement un ensemble de pièces qui parcourent l’histoire de la musique depuis le baroque jusqu’au 20ème siècle, mais ils avaient aussi mélangés les interventions dans une géométrie variable qui permettait de mettre en valeur le talent de chacun avec une efficacité naturelle et merveilleuse.

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    Toutes les photos sont d'Armand Mafit.

    Dès les premières notes, la surprise était au rendez-vous. Miriam et Étienne montaient sur scène pendant que Sylvain, plongé dans le noir de la salle, quasi comble, restait au fond pour donner à la Fantaisie de Telemann une dimension spatiale mettant bien en évidence les effets imitatifs et les contrepoints. L’exercice est moins simple qu’il n’y paraît car la distance entre la scène et le fond de la salle est assez important et, pour jouer une musique où les contrepoints s’imbriquent l’un dans l’autre de manière très précise, il est bon de se voir… et surtout de s’entendre. La distance inhabituelle entre les deux musiciens rend l’exercice périlleux, certes, mais offre une magnifique et onirique entrée en matière.

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    Sylvain rejoignait ensuite ses amis sur la scène pour débuter la très belle sonate en trio de Jean-Baptiste Loeillet, elle aussi, remplie de contrepoints et d’échanges entre les parties. Le Trio de Friedrich Kulhau proposait immédiatement après un changement d’esthétique radical. La partie de basse continue de Loeillet laissait place à une écriture pianistique virtuose et élaborée. On connaît Kulhau, dans le monde des pianistes, surtout pour ses très belles sonatines qui développent un langage situé entre classicisme et romantisme. Assez accessibles, celles-ci sont assez populaires parmi les apprentis pianistes. Dans le trio, il en est tout autrement et l’écriture élaborée, de forme sonate bien conduite offre aux trois protagonistes un véritable dialogue et une partie de piano très véloce et virtuose. Très belle pièce que je me suis promis d’examiner d’un peu plus près… d’autant que nous n’avions ici que le premier mouvement… qui donne l’envie de découvrir le reste !

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    Étienne Rappe laissait ensuite se reposer ses collègues et nous offrait une exceptionnelle Cathédrale engloutie de Claude Debussy. Difficile d’exprimer ici en quelques mots, ces émotions multiples ressenties, mais on vibrait à la délicatesse des timbres du début et de la fin, comme des couleurs mystérieuses emplies d’une mélancolie profonde. La Cathédrale engloutie est peut-être aussi celle qui est enfouie au plus profond de l’âme de Debussy. La grande partie centrale où la dite cathédrale semble émerger dans sa splendeur d’autrefois et déployer le choral monumental que son orgue jouait jadis fut menée avec une progression inouïe, laissant sonner les cordes graves du piano comme une volée puissante de cloches. Merveilleux !

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    Découverte ensuite que ce mouvement lent d’un concerto pour hautbois et orchestre que Samuel Barber laissa inachevé à sa mort ! On y reconnaît l’écriture si caractéristique, mélancolique, mélodique, lyrique… néoromantique du compositeur du célèbre Adagio pour cordes et du génial Concerto pour violon. Le hautbois de Sylvain Cremers, comme toujours, nous offre son plus beau chant et ses sonorités profondément envoûtantes… Émotion intense !… qui nous fait regretter que le compositeur n’ait pas pu terminer cette partition. Elle serait devenue, à coup sûr, un pilier du répertoire des hautboïstes. Suivait alors une danse italienne de la compositrice anglaise Madeleine Dring (1923-1977), élève de H. Howells et, épisodiquement de R. Vaughan Williams, pièce de caractère et de virtuosité composée en 1960. Avec Sylvain, même le hautbois semble facile tant il se joue des difficultés avec une aisance déconcertante. C’est pourtant l’un des instruments qui possède la réputation, avec le cor, de figurer parmi les plus ardus.

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    Miriam Arnold est une flûtiste exceptionnelle, mais elle est aussi une spécialiste du piccolo, l’instrument le plus aigu de l’orchestre. Elle tient d’ailleurs ce pupitre à l’Orchestre philharmonique royal de Liège avec brio et enseigne l’instrument au Conservatoire royal de Liège, dans la classe du formidable Toon Fret. La « Piccolo Polka » de E. Damaré qu’elle nous offre est sensationnelle. Virtuosité de haute voltige, humour, musicalité à toute épreuve, tout y est ! Le public qui a rarement l’occasion d’entendre le piccolo en solo ne s’y trompe pas et acclame littéralement Miriam qui, comme elle l’avoue elle-même, s’est offert là un immense plaisir musical en défendant son instrument-passion pour notre plus grande joie.

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    Je vante les instrumentistes à vent, mais les parties de piano sont également très virtuoses et demandent un présence constante, une vélocité exceptionnelle. C’est évidemment le principe de la musique de chambre.

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    Noël oblige ! Nos musiciens avait décidé de placer la superbe belle prière de Hänsel und Gretel de E. Humperdinck tellement populaire en Allemagne, pays d’origine de Miriam Arnold. L’arrangement pour trio est superbe et nos musiciens semblent ne plus faire qu’un. Le moment est unique et plonge les auditeurs dans un rêve fait de douceur et d’émotion.

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    Déjà, le concert s’achève… en beauté par deux pièces virtuoses et humoristiques tirées de la Suite bourgeoise du compositeur anglais Malcolm Arnold (rien à voir avec notre flûtiste, donc !).

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    Le public acclame nos trois héros de jour qui jouent encore deux bis, dont la reprise, tout aussi bouleversante, de la Prière d’Hänsel und Gretel pour achever, dans l’émotion et l’esprit de Noël cette fantastique soirée. Un grand succès, merci à vous trois pour cette soirée !

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