symphonies

  • Élégie



    Parmi les nombreux compositeurs américains remis à l’honneur par le label NAXOS dans la vaste collection rassemblée sous le titre « American Classics », j’ai découvert un peu par hasard et sous le conseil de quelques amis mélomanes qui se reconnaitront, Howard Hanson (1896-1981), compositeur, chef d’orchestre, théoricien et pédagogue de haut vol qui portera pendant plus de quarante ans la formidable destinée de L’Eastman School of Music à Rochester, l’une des plus grandes écoles de musique des Etats-Unis.

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    Howard Hanson



    Compositeur du XXème siècle attardé dans un romantisme tardif qui ferait grincer des dents les amateurs d’avant-garde, Hanson n’a jamais perdu de vue que la musique devait en premier lieu toucher ses auditeurs et que sa fonction d’exprimer l’âme de celui qui l’écrit se répercutait directement sur les auditeurs. Ainsi, je ne résiste pas à l’émotion de sa Quatrième Symphonie, « Requiem » (1943), sa Cinquième, « Sinfonia sacra » (1954) et sa formidable Élégie à la mémoire de Serge Koussevitzky (1956) rassemblés sur le cd ci-dessous.

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    De fait, Hanson fut un homme d’orchestre. En marge de son activité de directeur, il fonda l'Eastman-Rochester Symphony Orchestra (comprenant des membres de l’Orchestre philharmonique de Rochester et des étudiants de l'école de musique), à la tête duquel il prit la défense de la musique de Samuel Barber, Walter Piston, Morton Gould, entre autres.

    En plus de ces deux formations symphoniques, Hanson dirigea de manière très régulière l'Orchestre symphonique de Boston, avec lequel il avait noué des liens privilégiés. Grand ami du fameux Serge Koussevitzky, commanditaire de nombreuses œuvres modernes marquantes du XXème siècle et grand chef à Boston qui créera plusieurs de ses œuvres (entre autres sa Symphonie n° 2 « Romantique » en 1930), il y dirigera lui-même, sa Quatrième Symphonie 1943. Cette dernière se verra, l’année suivante, décerner le Prix Pulitzer de musique. Charles Munch sera, quant à lui, le créateur de l’Elégie citée plus haut.

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    Serge Koussevitsky



    On ne s’étonne pas vraiment de l’extraordinaire couleur orchestrale de sa musique qui manifestement admire et prolonge Sibelius, recherche dans ses cuivres, parfois wagnériens, des couleurs ténébreuses et tragiques. Est-ce l’origine scandinave de Hanson, ses parents étaient suédois, qui détermine la couleur nordique de son orchestre ? C’est probable. Son langage harmonique est moins audacieux que celui de son ainé finlandais, mais semble, dans une large mesure, jouer sur ces sonorités et accords transitoires qui donnent au temps musical une véritable suspension expressive… existentielle. Il revendique d’ailleurs lui-même cette influence qu’il complète par celle du chant grégorien… encore cette immobilité du temps musical et ce travail constant entre sons et silences.

    L’Élégie, que vous pourrez découvrir ici, est le résultat d’une commande conjointe de la Fondation Koussevitzky et de l’Orchestre symphonique de Boston. La pièce s’ouvre par un motif en tonalité mineure triste et immobile, s’enroulant sur lui-même joué à l’unisson par les cordes. Il devient rapidement l’objet de l’imitation des toutes les cordes et il se répand ainsi en une sorte de boucle infinie, mélancolique, certes, mais créant déjà le sentiment de suspension du temps.




    Bientôt, les cuivres, au dessus du motif des cordes, déploient leurs longues sonorités, proches de Sibelius, dans un pianissimo très impressionnant et méditatif. Flûtes, hautbois et clarinettes, dans la profondeur du temps, sont rejoints par la harpe. Les cordes réapparaissent et déroulent un motif qui va crescendo. Les timbales et les cuivres funèbres portent la musique à son premier point culminant (climax).

    L’orchestre replonge dans son immobilité. L’écriture, à nouveau contemplative, finit par sortir de sa torpeur pour déployer une magnifique guirlande aux cordes. Le motif initial réapparait, mais dans une tonalité majeure, cette fois. C’est le hautbois qui est chargé de ramener le thème en mineur en jouant sur toutes les possibilités mélancoliques de son timbre. Les harpes scandent un rythme de balancier, entre la marche funèbre et la berceuse.

    C’est alors que la vraie déploration débute. Large mélodie de cordes, réponses des bois, cuivres qui veulent, à la manière de Sibelius (on peut ici penser aux grandes progressions de la Nymphe des bois ou de Kullervo) entamer une progression continue censée transcender les affres de la mort. Mais la musique ne décolle pas vraiment. Elle semble prisonnière des limbes et le thème réapparait, obsessionnel. Coûte que coûte, la progression persiste et finit par aboutir, de manière presque solennelle sur ce motif fatidique (pom,pom,pom,pom) qui illustre le destin de l’Homme et est le climax principal de l’œuvre.

    L’immense vague se retire et l’orchestre nous fait ressentir cette onde de choc avant de débuter la dernière partie de la pièce, superbe et longue coda en deux parties. La première renoue avec les grandes sonorités. Mais cette fois, c’est plus puissant, plus optimiste. Lumière au bout de la progression. Puis, la force se retire et la musique tend à retourner au silence, au repos éternel. Pianissimo, l’orchestre murmure ses couleurs lointaines, hors du temps, hors de l’espace, dans un univers où toute passion, toute douleur et toute joie sont abolies. Superbe !

    Hanson nous montre, si nous ne le savions déjà, qu’une pièce de commande, qu’un hommage à un ami défunt n’est pas une œuvre banale, officielle ou académique. L’Élégie, composée cinq ans après la mort de Koussevitzky, représente un peu plus de dix minutes d’une intense réflexion sur la vie, sur la mort, sur le temps et l’espace, sur les questions que se pose chaque individu quant à son passage sur cette terre.

    Les œuvres qui complètent ce cd sont d’une même intensité et d’un même niveau… exceptionnel ! J’ai hâte de découvrir d’autres œuvres orchestrales de Howard Hanson, en particulier cette Septième Symphonie « A Sea Symphony » (1977) dont le titre ne manque pas d’évoquer Ralph Vaughan Williams (1872-1958), un autre compositeur trop peu connu, anglais, lui, qui a écrit sa « Sea Symphony », la première d’une série de neuf (une 10ème reste inachevée), en 1910, soit bien plus d’un demi siècle auparavant… !

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