tabagisme

  • "Fumer tue"

    Ayant été un fumeur invétéré pendant de nombreuses années, c'est au prix de nombreux efforts et d'une bonne dose de volonté que j'ai pu me défaire du joug terrible de la dépendance tabagique. Et si j'ai pu arrêter de fumer, ce n'est évidemment pas grâce aux mesures prises par les autorités en matière de prévention qui me semblaient et me paraissent toujours plus inefficaces.

    Il y a bien longtemps que de sérieuses études scientifiques ont pu montrer que les fameux "Fumer tue" que l'on trouve sur les paquets de cigarettes et de tabac sont d'une inefficacité presque totale. S'il est évidemment primordial que le fumeur prenne conscience des dangers liés à sa consommation de tabac, la prévention et la lutte effectives devraient faire l'objet d'études bien mieux ciblées, organisées par de vrais communicateurs et pas des publicistes de bas niveau.

     

     

    fumer tue.jpg

    Mais peut-être n'existe-t-il pas une véritable volonté de dissuader... C'est évident, les consommateurs chevronnés seront tout à fait indifférents aux slogans et images de mort placées sur les produits. Leur montrer des poumons atrophiés, des hommes assistés de pompes à oxygène pour respirer ou des artères bouchées n'a jamais produit ni sur moi ni sur les fumeurs que je connais le moindre effet. ... Même constat, hélas, pour le prix! Conscient de dépenser une fortune pour assouvir son vice, et comme le mentionnait à juste titre Xavier Parent tout récemment sur son blog (http://xavierciconia.blogspot.com/2011/08/limpot-sur-le-superflu.html), le fumeur râle à chaque augmentation puis oublie. Tous les thérapeutes vous diront que la motivation du prix est sans doute la moins bonne de toutes et la plus inefficace. Toutes ces augmentations profitent à l'Etat dans une fameuse et vaste hypocrisie. Seuls les plus jeunes, ceux qui ont peu d'argent de poche, peuvent être dissuadés par le prix... et encore!

     

    Et les interdictions de fumer dans les lieux publics? Ce sont des mesures qui visent plus les victimes du tabagisme passif, et c'est primordial... puisque de toutes manières, le fumeur sortira à l'air libre (même si c'est peu convivial et sympathique) pour prendre le poison dont il a besoin. Oui! Il en a besoin! Car il ne s'agit pas simplement de dire qu'il faut arrêter. Il ne faut pas commencer! Le tabac est une véritable drogue qui provoque une vraie dépendance dont la libération constitue une terrible souffrance. Les non-fumeurs qui n'ont pas de tempérament toxicomane croient encore trop souvent qu'il suffit de s'arrêter pour être débarrassé du fléau. C'est faux. Fumer, un geste qui semble "branché" pour de nombreux jeunes devient rapidement  et sournoisement une véritable maladie. Le fumeur ne s'en rend pas compte  et ne veut pas y croire puisque les effets sur la santé ne se font pas sentir tout de suite. Et puis, lorsqu'on est jeune, on se dit que les cancers du poumon, les problèmes d'artères et tous les maux annoncés arrivent bien plus tard et que d'ici là on a le temps de prendre les dispositions nécessaires pour s'en dégager. Parfois, on croit même que la dépendance ne nous touche pas et qu'on peut stopper l'usage du tabac quand on le désirera. Évidemment, sauf cas exceptionnels, tout cela est tout à fait faux.

    fumer tue 2.jpg

     

     

    Alors, faut-il interdire purement et simplement le tabac comme les drogues. Car le tabac en est une fameuse... et légale celle-là. Il faudrait alors le faire également de l'alcool dont la consommation augmente également chaque année chez les jeunes et est catastrophique à court terme pour le consommateur, son entourage et la société toute entière. Faut-il légiférer, réprimer, conspuer toutes les maladies qui touchent de près ou de loin à la dépendance? Je ne le crois pas, pas en ces termes en tous cas. Et puis, dans une certaine optique, certains fumeurs revendiquent avec une sincère honnêteté leur statut. Ils sont bien informés des risques encourrus mais considèrent leur amour du tabac comme un mode de vie... j'ai été aussi de ceux-là... avant de me raviser.

     

    L'interdiction suscite la transgression, c'est bien connu. Pratiquer l'interdit lui donne encore plus de saveur et d'attirance. Et puis imaginez la situation, si, par exemple, à partir du 1er janvier 2015 le tabac était tout à fait interdit... le nombre de personnes concernées, le désarroi de tous ces consommateurs sans assistance serait terrible. Ce serait tout simplement irresponsable. Alors faut-il cesser la lutte et attendre que l'homme veuille bien se rendre compte lui-même des dégats provoqués par le tabac sur sa santé? Faut-il être laxiste et laisser aller? Le problème semble bien insoluble! Sauf si...

     

    Si on plaçait vraiment des moyens financiers très importants dans la recherche médicale, si nos sociétés cessaient d'être dépendantes des cigarettiers et des revenus de la vente du tabac, si vraiment on mettait l'accent sur de vrais traitements efficaces à long terme, si on développait de vraies thérapies pour le corps et pour l'esprit, accessibles à tous, ... On pourrait guérir non plus des maladies générées et provoquées directement par le tabac, mais du tabac lui-même. Un vaccin contre le tabac, complété d'une véritable prise en charge psychologique pour tout ce qui est apparenté aux gestes, aux sensations d'inhalation, à la philosophie même de l'usage du tabac car tous ces éléments de terrible dépendance sont trop souvent négligés par les candidats ex-fumeurs... voilà un vrai rêve! Je ne sais pas si c'est possible.

    J'ouvre ici une parenthèse pour vous dire à quel point les effets psychologiques ont été plus difficiles pour moi que la privation des substances (nicotines, goudrons, ...). Presqu'un an et demi après avoir cessé de fumer, il ne se passe pas un jour où l'idée de la cigarette ne m'assaille sournoisement et, heureusement, furtivement plusieurs fois par jour. Entendons-nous bien, il ne s'agit plus d'un besoin des substances, de dépendance mais du ressenti d'un manque au niveau de l'inhalation de la fumée. Chacun aura ses propres manques car la cigarette étant souvent associée à un moment de détente, à une décontraction et parfois même à une récompense après le travail, son arrêt provoque une frustation dont il est bien difficile de se défaire. C'est pourquoi de nombreux ex-fumeurs (on ne redevient jamais non-fumeur) se ruent sur la nourriture et, dans le pire des cas sur l'alcool qui deviennent à leur tour de nouvelles dépendances. On le voit, le problème n'est pas simple.

    C'est pour cela, mais c'est sans doute encore une utopie, que si on pouvait guérir du tabac, on pourrait alors diminuer très fortement le nombre de fumeurs et rendre marginale sa consommation. Il serait beaucoup plus facile de faire une prévention efficace dès le début de l'adolescence. Les jeunes qui tomberaient malgré tout dans l'addiction au tabac seraient beaucoup moins nombreux, à peine plus nombreux que les toxicomanes aux drogues dures  (ce qui reste tristement beaucoup trop et il y aurait à dire sur la politique en matière de drogue mais ce n'est pas le but de ce billet). Il serait alors possible de l'interdire sans créer de catastrophe sociale. Les multinationales du tabac s'effondreraient petit à petit ou se recycleraient dans d'autres activités moins nocives et la cigarette deviendrait un produit clandestin comme l'héroïne ou la cocaïne que les polices spécialisées dans les stupéfiants traqueraient sans merci.

    Tout en sachant pertinemment bien que ce processus engendrerait un effondrement financier important que les acteurs concernés ne souhaitent pas, tout en concevant  également que de nombreux fumeurs se sentiraient privés d'une partie de leur liberté (un débat de fond à ce sujet devrait s'installer), qu'un tel projet serait très difficile à financer et n'aurait un objectif réalisable qu'à long terme, qu'il mobiliserait des forces vives déterminées et désinterressées, on peut se demander si le jeu n'en vaudrait pas la chandelle. Mais il devrait s'inscrire dans un vrai changement de mentalité, dans une nouvelle optique mondiale où les intérêts humains auraient repris le dessus sur ceux liés à la finance. Tout cela ne serait possible que dans une société nouvelle qui tirerait enfin les leçons des erreurs du passé et qui cesserait de s'enrichir sur la souffrance des hommes et l'exploitation de leurs faiblesses. L'homme, lui-même, aurait alors retrouvé le respect de son corps et de son âme... Et cela, ce n'est assurément pas pour demain...!

    Lien permanent Catégories : Général 2 commentaires