torture

  • Tous bourreaux ?

     

     

    Impressionnant, interpellant, inquiétant, terrifiant, désolant, … ! L’homme est-il à ce point perverti ? Le document télévisé diffusé hier soir à l’initiative d’Alain Gerlache sur la deuxième chaîne télévisée de la RTBF aura, espérons-le, marqué les esprits.

     

    Intermédias, le magazine des médias proposait donc un documentaire à gros budget intitulé le Jeu de la mort. Il s’agit de la reconduction transposée dans le domaine du jeu télévisé d’une expérience du psychologue Stanley Milgran qui, dans les années 60, voulait démontrer la soumission de l’homme à l’autorité en infligeant des punitions à un de ses semblables chaque fois qu’il ne répondait pas correctement à une question. Il lui assénait alors une décharge électrique toujours plus forte jusqu’à atteindre la dose mortelle. 62% des tortionnaires arrivaient ainsi à tuer l’homme, un acteur qui ne recevait pas réellement la décharge, mais en mimait les effets. Sous le couvert de la science et de l’expérience, les hommes étaient donc prêts à sacrifier l’un des leurs, cautionnant ainsi le meurtre. « I comme Icare » (1979), le film de Henri Vernueil, avec Yves Montand reprend l’expérience et en explique les tenants et aboutissants.



     

     

     

    Le documentaire de Christopher Nick utilise le même principe, rien de neuf, donc, mais l’intègre dans le cadre d’un jeu télévisé. Une animatrice exhorte le candidat à punir celui qui a mal répondu à la question. La tension se lit sur les visages. Est-ce un jeu ? Faut-il le faire ? Quelle est la part d’éthique humaine ? Quelle part d’humanité ai-je en moi ? Voilà les questions fondamentales qui s’imposent aux candidats. Et bien quarante ans après l’expérience scientifique bien connue, 81% des participants vont jusqu’à la dose mortelle. La conclusion qui s’impose est donc d’affirmer que la télévision et la pression de l’animateur et du public représentent une autorité que seuls quelques petits 19% refusent. C’est bien inquiétant.

     

    Mais réfléchissons un instant. Est-ce que cet étalonnage de « joueurs » est représentatif de l’ensemble de la population ? Est-ce que tout le monde est disposé à participer à un jeu télévisé quel qu’il soit ? Je ne le crois pas. Dans mon entourage direct, je ne connais presque personne qui soit intéressé par ce genre de jeu. Je ne nie pas qu’il y en ait beaucoup de gens qui désirent gagner les sommes d’argent ou les cadeaux, qu’il y en ait aussi un bon nombre qui aimeraient se voir dans le petit écran ou qui sont des joueurs nés, tout simplement.


     

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    Si l’une des déductions que l’on fait inévitablement à la suite de ce reportage consiste à placer les médias, la télévision en tête, comme un pouvoir auquel l’homme obéit, un pouvoir qui se substitue à la morale ou qui « est »la nouvelle morale, ce n’est pas le seul enseignement de cet horrible séance. Les candidats tortionnaires donnent parfois la réponse eux-mêmes quand on leur dévoile la supercherie. Ils se comparent aux monstres des camps de concentration nazis (ou autres d’ailleurs). Et là, on comprend vraiment que l’autorité sur l’homme est le vrai pouvoir. Lorsque vous avez la main mise sur l’individu, vous pourrez en faire ce que vous voulez, même le plus inimaginable. On ne peut que rester abasourdi par ces conclusions. L’homme est donc un animal qui doit être dominé, qui se laisse guider par une autorité supérieure ? C’est un peu ce que j’évoquais, il y a quelques jours en vous parlant de ce roman : « La Vague » de Todd Strasser (voir billet : http://jmomusique.skynetblogs.be/post/7654838/la-vague ). Là, c’était la manipulation des foules, ici, c’est celle de l’individu. Mais dans un cas comme dans l’autre, n’avons-nous donc pas de véritable libre arbitre ?

     

    L’inévitable question existentielle est celle qui nous met directement en cause. L’aurais-je fait aussi ? Serais-je capable de commettre, sous le coup d’une autorité, quelle qu’elle soit, un acte aussi irréparable, aussi éloigné de ma vision du monde, aussi différente de ma morale ? Moi qui me fait un devoir de respecter tous les individus, sans discrimination, serais-je un de ces tortionnaires ? Je vous avoue que je suis tenté de dire non, mais a-t-on encore, dans ces cas de figue, tout le discernement nécessaire, la vision de la réalité, sommes-nous prêts à nous mettre tout le monde à dos et à risquer notre peau pour rester conforme à notre morale ? Ne répondez pas trop vite à la question, je serais peut-être tenté de vous envoyer une décharge si vous vous trompez … je plaisante, bien sûr ! Pourtant qui peut être tout à fait certain de son comportement dans des situations qui nous échappent ? Tous ces gens ne seraient que des sadiques qui s’ignorent, tous les tortionnaires du monde, soit, selon ces chiffres huit personnes sur dix seraient des monstres ? N’éprouve t-ils pas de sentiments d’amour pour leurs épouses, leurs enfants, n’ont-ils pas d’humanité ?

     

    L’histoire montre le contraire. Beaucoup des exterminateurs sous l’autorité d’un tyran étaient de bons pères de famille, … et c’est bien cela qui fait froid dans le dos !

     

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