tristesse

  • Gwendal


    Voilà une journée que j'aurais préféré ne pas vivre! Je me serais senti mille fois mieux en donnant mon cours, comme tous les vendredis, en commentant sur le blog l'actualité musicale liégeoise, dense en ce week-end placé sous le signe du Festival "Les Orientales" de l'OPRL ou encore en méditant sur l'un ou l'autre sujet musical et artistique. Au lieu de cela, une profonde tristesse, une famille et des amis bouleversés, la disparition brutale d'un jeune homme qui aurait eu 26 ans hier! C'était aujourd'hui les funérailles de Gwendal, décédé, seul et déterminé, vendredi dernier après avoir ingurgité une dose fatale de poison.

    Gwendal était malade, il souffrait d'une intense douleur intérieure qui le déchirait profondément. Il en était d'autant plus attachant. Dans les réunions de famille, on lisait dans son regard, dans les quelques mots qu'il prononçait, un désarroi qui m'a souvent impressionné, parfois terrifié. L'issue finale, il l'évoquait, ouvertement ou à demi-mot, nourrie de longue date, perçue comme une libération. Libération face aux douleurs, certes, mais aussi face à une société qui peine à comprendre et à saisir ce genre de maladie et qui, en partie par impuissance, en partie par peur, ne peut bien souvent qu'exclure celui qui est… différent.

    Au moment où la société débat des fins de vie dignes, de l'euthanasie des mineurs dans des cas extrêmes, sa maladie à lui, comme le rappelait sa maman, ne bénéficie pas d'un cadre légal pour envisager un départ serein et mûri. Personne pour reconnaître et identifier le stade ultime de la maladie, ni pour entendre l'aspiration à la libération demandée par le malade. La seule issue reste donc le suicide qui, par essence, n'est pas une euthanasie, mais un acte violent… qu'un individu s'administre lui-même dans un funeste désarroi… avec les conséquences (in)imaginables! Et ça, c'est tout sauf une fin digne pour un être humain!

    La colère face à l'injustice de la maladie et à la force du destin est légitime. Elle peut l'être aussi en regard de l'impuissance du monde à soulager ces souffrances là… comme d'autres, hélas! Elle l'est aussi et surtout parce qu'il est insoutenable pour les parents, les frères et les sœurs d'admettre ce qui semble s'apparenter à un échec. L'échec de l'investissement quotidien, de la bienveillance et de l'affection la plus grande, l'échec de la tentative désespérée d'accompagner encore et encore, inlassablement… pour ne pouvoir, in fine, constater l'implacable réalité souvent redoutée et si souvent repoussée par l'attachement indéfectible que nous voulons porter à la vie …

    Mais la colère, comme la révolte, n'est jamais productive et l'énergie qu'elle mobilise annihile la raison. Elle finit par générer la même exclusion que celle qu'on veut dénoncer. Elle ne peut donc être qu'une étape dans le processus psychologique, dans le deuil. Son intensité doit se métamorphoser en une force positive qui permettra d'envisager l'avenir. Camper dans la colère, c'est se priver d'un futur qu'on aimerait meilleur.

    Et le souvenir sera, je crois, le meilleur outil pour, en regardant dans le passé, chercher à former un  autre monde, plus tolérant, un monde empathique qui tendra à considérer tous les êtres humains sur un pied d'égalité, bien loin des clivages absurdes entretenus par les préjugés. Pour tous, le même respect, la même bienveillance, la même considération du droit de vivre… et de mourir! Car ce qui nous rend tous humains, ce sont nos ressemblances, pas nos différences!

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    Je ne sais pas si Gwendal aurait été d'accord avec mes propos. Pouvait-il l'être? Et, finalement, cela a bien peu d'importance! Aujourd'hui, il est enfin libre, tout à fait libre. Il entame un nouveau voyage où joies et douleurs n'existent plus. Il a rejoint les étoiles. Bonne route Gwen. Je t'embrasse bien fort… et si un jour tu le croises, embrasse Papy pour moi!

     

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