u3a liège

  • Arpeggione et autres réjouissances…

     

    Le dernier concert de la saison des abonnements, à l’U3A, se présentait sous les meilleures auspices. Sur notre scène, deux musiciennes exceptionnelles, Corinna Lardin au violoncelle et Emi Aomatsu au piano, présentaient un programme de haute voltige et bien copieux, de quoi satisfaire les mélomanes les plus exigeants.

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    Photo Armand Mafit

    Sonate BWV 1029 pour viole de gambe et basse continue de JS Bach pour commencer, fameuse « Arpeggione » de F. Schubert et magnifique ultime sonate de Cl. Debussy… toutes des œuvres très difficiles parce que, soit elles ne sont pas écrites pour le violoncelle et le piano actuel (Bach et Schubert), soit elle (Debussy) témoigne d’une maturité musicale hors du commun. Et puis, un bis bouleversant, le Largo de l’unique Sonate pour violoncelle de F. Chopin, un dialogue entre les instruments absolument génial !

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    Photo Armand Mafit 

    Quel beau concert ! C’est le cri du cœur qui me vient à l’esprit spontanément. Pourtant, le début de la Sonate de Bach semble un peu laborieux avec quelques fois, sans doute le stress, quelques approximations. Mais une fois l’espace sonore maîtrisé, nos deux musiciennes nous ont offert un vrai bonheur musical ! Tout l’esprit de Schubert était là dans sa difficile sonate composée pour cet instrument hybride, entre la guitare et le violoncelle, qui a eu son heure de gloire au début du 19ème siècle. on dit souvent que la pièce est anecdotique. Il n’en est rien, évidemment. Elle contient tout l’esprit du compositeur et tous les thèmes récurrents qu’il distille œuvre après œuvre. On y entend le lied, l’errance, la solitude, l’amour,… cette fameuse émotion nostalgique que les allemands nommes « Sehnsucht » et qui est si liée à l’esprit de la schubertiade et du romantisme. Jouer l’Arpeggione, c’est opérer une synthèse magistrale de l’esprit schubertien… nos deux musiciennes y sont parvenues avec une exceptionnelle efficacité.

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    Photo Armand Mafit

    La Sonate de Claude Debussy est encore une autre paire de manches ! Œuvre tardive, prévue pour figurer dans un opus de six sonates pour divers instruments, elle offre un magnifique pendant à la Sonate pour flûte, alto et harpe et surtout à celle pour violon et piano, la plus célèbre ! Ensemble inachevé, les sonates de Debussy devaient honorer le passé en recréant un cycle moderne rappelant les opus des compositeurs baroques… saut que les pièces, ici, sont très modernes !

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    Photo Armand Mafit

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    Photo J-M Onkelinx

    La Sonate pour violoncelle débute par un rappel des ouvertures à la française avec son rythme pointé et grave à travers duquel semble pointer toute la gravité de la guerre. L’œuvre, datée de 1915 témoigne aussi des premiers signes tangibles de la maladie qui emportera le compositeur en 1918. Là encore, comme dans la pièce de Bach écrite pour viole de gambe, un instrument qui partage avec le luth et la guitare un manche frété et six cordes accordées en quartes, et comme dans la sonate « Arpeggione », un instrument proche également de la guitare, le violoncelle imite le jeu des cordes pincées (pizzicato) dans sa sérénade espagnole. Corinna Lardin parvient à susciter l’illusion d’une musique ibérique que Debussy a si souvent évoquée sans jamais mettre un pied outre Pyrénées. Moment de fusion entre le violoncelle et le piano, Emi Aomatsu, attentive et complice rend son instrument fusionnel et sensuel à la fois… un grand moment de musique !

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    Photo Armand Mafit

    Acclamées par le public, nos deux musiciennes nous offrent l’une des plus grandes émotions de la soirée avec le Largo de l’unique Sonate pour violoncelle et piano de Frédéric Chopin. Le compositeur polonais a, on le sait, a confié la plus grande partie de son œuvre au piano solo. Et même lorsqu’il utilise à l’occasion l’orchestre ou d’autres instruments, son instrument fétiche occupe toujours une place de choix. Il en est ainsi forcément des concertos, mais aussi des rares musiques de chambre qu’il nous a laissées.

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    Photo Armand Mafit



    Et pourtant, s’il est un instrument qui l’a séduit, c’est sans doute le violoncelle. Il est fort probable que ce sont ses capacités mélodiques proches du chant qui décidèrent Chopin à composer une superbe sonate (en sol mineur op. 65). Elle est aujourd’hui devenue l’un des piliers du répertoire des violoncellistes et occupe une place d’honneur au sein d’un répertoire pourtant très riche. Elle fut composée entre 1845 et 1846 et créée chez lui l’année suivante. Ce fut l’une des œuvres que le compositeur joua encore lors de son dernier concert à Paris en 1848. Il n’exécuta cependant que les trois derniers mouvements, le premier désormais trop ardu pour un homme épuisé et très malade.

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    Photo Armand Mafit

    La sonate pour violoncelle est la dernière des quatre œuvres de ce type composées par Chopin. Durant le travail de composition, il confiait à sa sœur : « J’écris un peu et je raye beaucoup ». Les nombreuses esquisses qui nous sont parvenues en témoignent largement. Toujours est-il que sans renoncer à son style mélodique et harmonique, la sonate témoigne d’un souci de maîtrise de la grande forme (la sonate) et du contrepoint.

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    Photo Jean Cadet

    Le bref et magnifique Largo qui fait office de troisième mouvement et que nos musiciennes du jour nous offrirent en bis, ne pourrait être qu’un bref intermède aux couleurs automnales. Pourtant, il dévoile tout le style de Chopin influencé d’abord par la ligne mélodique issue en ligne directe du bel canto italien. Avec ses ornements particuliers, son ambitus souple et sa forte résonance émotionnelle, la mélodie de Chopin est très proche des plus grands airs de Vincenzo Bellini. Pourtant, ici, ce chant se répartit entre le violoncelle et le piano en un duo d’amour particulièrement émouvant.

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    Photo Armand Mafit

    D’abord, le piano mesure le temps par des arpèges bien réguliers pendant que le violoncelle entame son énoncé mélodique. Pourtant, dès la troisième mesure, les rôles s’inversent et le piano lui répond en reprenant exactement le même propos. Comme deux amoureux qui se disent tout simplement : « Je t’aime ». Pendant quelques temps, ce va et vient entre les deux protagonistes se poursuit. Chopin utilise, pour éviter la redondance, le principe du raccourci (le piano ne rendant que la dernière mesure du violoncelle). Mais cette élision partielle ajoute aussi comme un écho de ce ces deux âmes en parfaite fusion. Au centre du mouvement, le violoncelle reprend l’initiative et déploie une progression harmonique en crescendo sur les basses plus agitées du piano. Le tout aboutit en quelques instants au retour du chant d’amour où les rôles s’échangent à nouveau. Une dernière insistance du violoncelle comme en extase conduit à la coda pendant laquelle, ensemble, les deux instruments laissent la musique s’évaporer et le temps se dissoudre.

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    Photo Armand Mafit

    Un moment formidable de musique pure à écouter sans modération ! Merci Mesdames pour ce merveilleux moment de musique et rendez-vous très bientôt sans doute !

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