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  • Gentils et méchants

    La terrible actualité américaine n’a pas fini de faire jaser. Les tueries successives, les massacres aveugles d’enfants, de jeunes gens et d’adultes semblent resserrer de plus en plus la pression sur la détention des armes à feu chez nos amis d’outre-Atlantique. Et même si les choses ne bougent pas de si tôt, il est évident qu’une bonne part des américains, leur Président en tête, ont compris que la situation devenait intenable.

    Car décimer ainsi des êtres humains, des enfants, à fortiori, c’est priver le pays d’avenir. Certes j’exagère, mais à chaque fois que la jeunesse est victime d’un fou, d’un accident, ou d’une catastrophe naturelle, c’est une douleur intense qui agite les corps et les âmes, souffrance qui outre le fait de nous ramener à notre propre finitude, accentue le fait que les victimes ont été privés de vie avant de l’avoir vécue, avant d’avoir pu devenir ce qu’ils doivent être, l’avenir de leurs parents. Et puis quelle terrible chose que de perdre un enfant… y a-t-il quelque chose de pire dans la vie d’un homme ?

    Et pourtant, les réponses données par les représentants du lobby des armes sont sidérantes… Ils conseillent, vous l’avez lu ou entendu, de placer un gentil homme armé dans chaque école pour contrer un éventuel méchant homme armé qui aurait décidé de tuer les enfants ! Quelle naïveté, tant au niveau de l’idée que de sa formulation ! On a peine à croire que des personnes à la tête d’empires financiers puissent tenir des propos si puérils. Et pourtant… une telle proposition mérite quelques réflexions.

    La première idée qui me passe par la tête est que cette étrange manière qu’ont toujours eue les américains de séparer le monde en deux catégories, les gentils et les méchants les obnubile véritablement. N’était-ce déjà pas ainsi que les cow-boys du style G.W. Bush avaient divisé le monde, en traçant ce fameux axe du mal où tous ceux qui pensaient autrement que lui étaient relégués… chez les méchants… et profitaient d’une telle dichotomie pour entamer et justifier des guerres dont les vraies raisons étaient inavouables ? 

    Les gentils et les méchants… en voilà bien un débat ! Quels sont les critères pour définir qui est gentil et qui sont ces méchants. Où commence la méchanceté… justifiant qu’un gentil puisse l’abattre ? Et un gentil peut-il devenir méchant ? Et l’inverse ? Et puis, qui est ce gentil capable d’abattre froidement celui qu’il pense être devenu un méchant ? Je n’aimerais pas devoir légiférer… ni même devoir donner mon avis sur un tel sujet !

    Mais la proposition de la National Rifle Association (NRA), le lobby pour la promotion des armes dans le cadre du Deuxième amendement de la Constitution des États-Unis, est évidemment intéressée, même s’il s’agit là d’une association officiellement sans but lucratif. Il faut à tout prix que le marché des armes continue à être rentable. Pas question ici de défendre un désarmement des citoyens américains… que du contraire !

    Il faut bien qu’ils puissent faire face à l’agressivité éventuelle de leur prochain, ces pauvres victimes terrorisées par les méchants. Et au-delà de l’argument financier qui mettrait en difficulté un secteur très lucratif et très influent de l’économie et la politique américaine, je me demande bien pourquoi le citoyen lambda, aux USA, doit être armé. Sommes-nous armés en Europe ? Et les statistiques de la criminalité sont-elles plus catastrophiques en Europe qu’en Amérique du nord ? Je ne suis certes pas un spécialiste en la matière, la facilité d’obtenir une arme là-bas n’est pas une garantie de sécurité ni d’une chute de la criminalité… bien au contraire. Et si, malgré leurs armes, ils ne sont pas dissuadés d’agresser, de se battre et de tuer, alors l’arme ne sert à rien du tout !... sauf si l’Américain est plus agressif et belliqueux que l’Européen… plus méchant alors ? Bien sûr que non !

    Poster des hommes en arme devant chaque école est, vous l’aurez bien compris, complètement stupide et inutile. Le gentil protecteur de la jeunesse sera le premier à être neutralisé par un fou furieux décidé à tuer. Les psychopathes ne se découragent pas à cause d’un gentil vigile. Quel cynisme tout de même de répondre au carnage en prônant une recrudescence de la vente des armes. Commerce et fric avant tout… c’est cela le rêve américain ? 

    Ne vaudrait-il pas mieux réglementer le port et la vente des armes et faire de sérieuses études pour déterminer ce qui, dans une société donnée, provoque la perte des repères les plus basiques de l’être humain et tuent leurs semblables dans des tels gestes théâtraux d’une extrême violence. Certes, on ne pourra jamais éviter de telles abominations, il y  en a toujours eu et il y en aura toujours. Des dérangés du ciboulot, des fous-furieux incontrôlables sont inévitables… encore faut-il qu’ils ne se généralisent pas et ne deviennent pas des héros du monde virtuel. Combien de jeux vidéos consistent à tuer le plus de monde possible ?

    Car c’est bien là que se trouve le danger ! Ces tueurs potentiels sont, en partie du moins, le reflet d’une société qui dévie et qui verse dans une violence de tous les instants. Ne faudrait-il pas, et là, l’Europe n’est pas en reste, prendre vraiment conscience que nous vivons dans un monde violent où les jeux informatiques, le cinéma, l’homme de la rue, certains personnages, sportifs, politiques, économistes et même artistes, montrent plus souvent qu’à leur tour des comportements violents inadmissibles et des manques de respect vis-à-vis de leur semblable ? Quand leurs méfaits sont relayés de manière outrancière par les médias, ils peuvent bien susciter le désir d’une gloire sinistre chez des êtres mal dans leur peau. Il suffit de prendre la route en voiture pour être confronté à d’insensées violences.

    Mais ne croyez pas que les USA sont le lieu de tous les excès. Cette tendance a déjà atteint l’Europe et de sombres personnages comme le Norvégien Anders Behring Breivik, pourraient sévir subitement. Prendre conscience du danger, c’est certes en anticiper les effets, mais ce n’est pas suffisant. En cette veille de Noël, il est grand temps de réapprendre le respect de l’être humain. À nos sociétés de trouver les moyens d’en préserver l’intégrité et la sécurité !

     
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