valentine capelle

  • Triomphe !



    Ce que je n’avais pas dit en faisant la publicité du Concert de l’U3A de mercredi dernier, c’est que notre duo du jour, Recto Verso, n’avait pas encore eu l’occasion de jouer son programme en public. La formation est toute récente et si Nancy et Valentine sont amies depuis toujours, leur collaboration en matière de duo violoncelle-piano est toute récente.

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano



    Le public était venu très nombreux, alléché par une formation séduisante et un programme riche de diversité historique et géographique. Il ne l’a pas regretté et plusieurs personnes m’ont même confié que ce concert fut l’un des meilleurs entendus à l’U3A.

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano



    Ce fut effectivement un excellent concert même si, à mon sens le terme meilleur n’a aucun sens lorsqu’on a une telle diversité de formations et de répertoires. Beaucoup, vous l’avez souvent lu, furent exceptionnels. Et Recto Verso figure dans le groupe de tête des ensembles exceptionnels qui se sont produits chez nous !

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano



    Il l’est par son dynamisme et sa joie de faire de la musique. Il l’est également par la qualité de son répertoire et par l’interprétation qu’il en donne. Il l’est par la justesse du style, même dans des œuvres comme une sonate de Vivaldi qu’on entend désormais plus souvent avec des instruments baroques qu’avec un piano. Tout ici était dans la chaleur des sonorités, dans les phrasés riches et magnifiquement menés et dans une gestion des formes exemplaires. Il l’est, enfin, par la sympathie de ces deux musiciennes qui jouent avec un plaisir immense ce répertoire vaste et complexe avec simplicité.

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano



    Et puis, il se dégage une formidable émotion de cet instrument, le violoncelle, si proche de la voix humaine. Chez Nancy, il chante merveilleusement… comme la voix du cœur. Et comme ce chant n’est rien sans son support, sans son complice, Valentine lui donne une réplique formidable qui s’élève alors à la véritable expression du « duo ».

    Point ici d’accompagnant et de soliste ! Une musique de chambre dans tout ce que ce terme rassemble de force et de finesse. Il suffit de se souvenir que les premières sonates pour violoncelle et piano portent encore la dénomination inverse : Sonate pour pianoforte et violoncelle, comme si le violoncelle était un reste de basse continue ancienne, comme si le piano était accompagné de ce support jadis indispensable. Partie de piano très développée, donc très virtuose… permettant à Valentine de nous montrer toute sa fougue et sa vélocité.

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano



    Instant formidable de poésie que ces « Le Calme des bois » de Dvorak, un arrangement de l’une des Six pièces op. 68 « Des forêts de Bohême » pour piano à quatre mains. Dvorak fera lui-même l’arrangement pour violoncelle et orchestre, de même que celui que nos musiciennes avaient choisi pour violoncelle et piano. Il respire dans cette musique une formidable paix où le thème, issu de l’esprit des berceuses populaires typique de l’esprit national du compositeur se teinte de ce romantisme si proche de Brahms. Une merveille de poésie interprétée idéalement. Un instant de répit avant le déchaînement du Grand Tango d’Astor Piazzolla.

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano



    Car là, c’est tout l’inverse. Sensualité, véhémence, entre combat et amour, toute la substance de ce Grand Tango composé pour Rostropovitch en 1982 et interprété seulement en 1990, deux ans avant la mort du compositeur. Cet écart s’explique par le fait que Rostropovitch, qui recevait de nombreuses œuvres qui lui étaient dédiées, n’avait jamais entendu parler d’Astor Piazzolla lorsqu’il reçut la partition. Ne pouvant manifestement pas tout jouer, avec ce que cela implique de travail technique et d’assimilation, il n’y vint que huit ans plus tard.

    La pièce décline, à travers les diverses facettes du tango, toutes les passions humaines, des plus sensuelles aux plus destructrices. Le Grand Tango est une pièce de bravoure et le jeu de nos musiciennes fut, une fois encore exemplaire, même si j’aurais aimé un peu plus de nuances dans la dynamique et l’équilibre des deux instruments… ce que les musiciens confrontés à cette pièce savent parfaitement. Piazzolla a sans doute donné à sa partie de piano une telle véhémence que parfois le violoncelle semble s’y noyer.

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano



    C’est le fascinant Spiegel im Spiegel d’Arvo Pärt que nos musiciennes avaient choisi pour terminer leur récital. Une gageure car l’œuvre, minimaliste, est moins simple qu’il n’y parait. La pianiste doit maintenir un ostinato rythmique qui se déploie comme un simple arpège rappelant la Sonate au clair de lune de Beethoven. Son mouvement continu et son manque d’évolution harmonique le fige littéralement dans une couleur quasi immuable seulement ponctuée de quelques basses finement distribuées et de quelques aigus qui semblent leur répondre de loin selon le style typique de Pärt, le « Tintinabuli », comme des mouvements de cloches.

    Le violoncelle, quant à lui déploie de vastes sonorités, tronçons de gammes montantes ou descendantes, fortes ou très douces… en tous cas, jamais démonstratives (il en surgirait une vulgarité ostentatoire) et toujours fondamentales. Ces longues sonorités prennent le temps de descendre en nous comme l’essence de l’expression. Il en résulte une émotion qui nous laisse entrevoir l’éternité, qui exprime une « nostalgie des commencements » et qui pourtant mesure toujours le temps. Musique paradoxale qui parvient à nous faire comprendre une forme particulière de temps multiples qui s’inversent, de reflètent l’un dans l’autre… cette pièce a quelque chose d’essentiel, de ressourçant et de profond.

    nancy tormo sanchez,valentine capelle,concerts de l'u3a,violoncelle,piano

    Nancy Tormo Sanchez et Valentine Capelle... et au milieu, la sœur de Valentine... tourneuse de pages et musicienne elle aussi! Décidément, la famille Capelle, Valentine est la nièce d'Étienne sans qui nos concerts n'existeraient pas, de Marie-Reine Capelle, bien connue à l'IMEP et la fille d'Yves Capelle, violoniste à l'ORW... une véritable dynastie de musiciens... pour notre plus grand plaisir!



    Formidable contemplation ! C’est la seule expression qui me vient à l’esprit pour évoquer l’interprétation absolument parfaite de Nancy Tormo Sanchez et de Valentine Capelle. La salle entière a ressenti là une véritable élévation spirituelle que le silence, une fois retrouvé a prolongé quelques secondes encore avant la déferlante des applaudissements enthousiastes.

    Le Cygne de Saint-Saëns en bis… une bonne manière de susciter encore l’assentiment d’un public vraiment conquis qui s’est alors pressé pour acquérir le premier cd… pop… de ce formidable duo, Recto Verso, un nom à retenir. Moi, je le retiens et je suis sur que nous les retrouverons encore sur notre scène. Bravo !

    Lien permanent Catégories : Concerts U3A 1 commentaire