verga

  • Vérisme? (1)



    L’une des principales interrogations qui alimentait ma conférence de mercredi soir au Petit Théâtre peut se résumer en quelques mots : « Le Vérisme est-il une réalité de l’opéra italien ? ». Au moment où l'Opéra royal de Wallonie représente Cavalleria rusticana et I Pagliacci, il n'était pas inutile de se poser une question qui a fait couler beaucoup d'encre chez les musicographes.

    De fait, on a de fait beaucoup glosé sur le sujet et les plus grands spécialistes en la matière, avant d’affirmer si oui ou non, il y avait de un opéra vériste, ont tenté de définir un terme qui a suscité d’énormes controverses dans les milieux littéraires et musicaux.

    On a souvent considéré le Prologue de I Pagliacci de Ruggiero Leoncavallo (1857-1919) comme le manifeste du vérisme. Celui-ci, en faisant annoncer avant le début de l’œuvre que « … l’auteur a cherché à vous dépeindre une tranche de vie. Il a pour seule maxime que l’artiste est un homme, et que pour les hommes il doit écrire et s’inspirer de la vérité. […] Vous verrez donc aimer comme peuvent aimer les êtres humains ; vous verrez de la haine les tristes fruits ; de la douleur les spasmes, vous entendrez les hurlements de rage et les rires cyniques !... » Le vérisme est donc une recherche de vérité, dût-elle être dure, cruelle ou vulgaire.



    Lorsqu’en 1874, Giovanni Verga (1840-1922) inaugure la littérature vériste (du moins c’est ainsi qu’on la nomme) avec sa Nedda (un prénom commun dans l’Italie du sud et la Sicile), il n’a sans doute pas vraiment conscience qu’il déploie un nouveau style trop souvent apparenté au naturalisme français. Il garde encore, dans cette Italie qui est marquée par la fin de la deuxième guerre d’Indépendance (1861), un lyrisme postromantique qui cherche à se combiner à un goût que les nouveaux auteurs, les Scapigliati, de la même génération que lui et dont Arrigo Boïto (l’auteur de l’opéra Mefistofele et plusieurs fois libettiste pour Verdi) fait partie, qui décrivent le monde dans des romans ou de brèves nouvelles ironiques, moqueuses remplies d’amertume et de réalisme. Ce sera en 1884 que la brève histoire des amours de Turiddu, de Santuzza et de Lola publiée en quelques pages seulement, synthétisera les caractéristiques de ce que nous nommons le vérisme sous le titre de Cavalleria rusticana.

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    Giovanni Verga



    Il faut dire que le XIXème siècle, celui du romantisme a suscité bien des réactions face à l’explosion sentimentale. Le positivisme, représenté par les français Hippolyte Taine, Ernest Renan, Émile Littré, Émile Zola et bien d’autres, cherche à tout expliquer, tout découvrir, ne rien laisser incompris. Pour eux, seule l’analyse et la connaissance de faits réels vérifiés par l’expérience peuvent expliquer les phénomènes du monde sensible. C’est d’ailleurs au cœur du XVIIIème siècle, le Siècle des Lumières, dit aussi celui de la Raison, que d’Alembert et Condorcet annoncent le positivisme en cherchant à expliquer les progrès de l’esprit humain par le développement des « sciences positives », les mathématiques, la physique, la chimie,… entraînant ainsi l’explosions des disciplines modernes. Combiner romantisme et positivisme ambiant constituait donc un défi pour les artistes dont l’œuvre exprimait les sentiments et la psychologie humains.

    C’est peut-être dans cet esprit que Zola, en 1895 entama un voyage à Rome pour rencontrer Capuana et Verga qui lui semblaient assez proches de son naturalisme hexagonal. La rencontre fut, semble-t-il, étrange et la conversation difficile et lorsque l’auteur français interrogea Verga, le taciturne, sur le vérisme et sa définition, il lui répondit laconiquement : « Vérisme, vérisme… je préfère dire simplement vérité ! ». Zola en déduisit que Verga n’était pas un théoricien de son art et qu’il ne fallait pas attendre de lui d’autres propos doctrinaires. Pourtant, tout était dit !

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    Émile Zola



    Depuis des décennies, les artistes de tout poil avaient cherché, avec les moyens de leur temps, d’approcher la réalité des hommes au détriment des légendes des dieux. Ainsi, en matière d’opéra, par exemple, on avait assisté à la transformation des règles du bel canto, désormais jugé trop artificiel, des sujets mis en œuvres devant maintenant approcher la tragédie humaine et la vérité de la vie. Le théâtre était de moins en moins l’endroit où l’on rêvait aux divinités et aux arcadies et aux amours sublimes. Il devenait le lieu de toutes les luttes humaines, des déchirements les plus terribles et des amours damnés ne se concluant que dans la mort des protagonistes. On sait que Verdi, avec sa fameuse trilogie populaire des années 1850 (Rigoletto, La Traviata et Il Trovatore) avait entamé l’exploration nouvelle du monde de l’âme du commun des mortels. La conséquence en avait été la métamorphose du chant et cet étrange mais savant alliage entre des scènes concédant à la virtuosité belcantiste, aux mélodies de verve populaire (les nationalismes ne sont jamais loin à cette époque) et aux scènes où la crudité et la violence de la vie annihilaient tout ce qu’avait pu être l’opéra par le passé. Les prémices donc de cette vérité tant chérie par Verga !

    À suivre...



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