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  • Encore Bruckner!

     

    Dans la foulée de la conférence sur Bruckner de samedi dernier et de l’article sur les convergences et divergences entre Bruckner et Wagner, je me suis mis à la recherche de quelques documents filmés de Celibidache à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Munich dans la septième symphonie.

     

    Alors, voici un petit cadeau pour bien commencer la semaine. Le site You Tube est plein de merveilles pour la vidéo musicale. Il serait dommage de ne pas en profiter…


      

    Mais revenons un instant sur ce que nous écoutons. L’œuvre débute dans le silence, avant même que le premier son ne soit émis par les musiciens. S’installe alors, imperceptiblement un tremolo de cordes. Il est presque impossible de définir exactement quand il commence tant la nuance est pianissimo. Quand il devient enfin parfaitement clair, le chef indique l’entrée de la superbe phrase des violoncelles doublée en son début par le premier cor.

     

    Cette dernière, énonce donc l’arpège de mi majeur et dès que le cor se tait, amplifie la cellule génératrice avec l’aide des altos pour, après un parcours déjà très émouvant, se reposer sur la dominante (si). C’est alors au tour de la clarinette en la de venir renforcer et timbrer les cordes pour le second grand membre de la phrase. Plus tourmenté, ce dernier s’élabore en plus petites séquences, presque suffocantes. C’est le résultat du crescendo non seulement de la mélodie, mais aussi du tremolo originel que les dissonances envahissent. Le decrescendo est témoin de la disparition de la clarinette et du morcellement des motifs qui, en une descente irrémédiable, retournent au silence.


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    Un second énoncé, répétition variation, plus dense dans son orchestration peut alors commencer…

     

    Un constat s’impose : son originel, arpège parfait en superposition de quintes, développement et dramatisation et retour au silence, tous les ingrédients de la phrase et de la pensée brucknériennes sont ici réunis magistralement. Toute la pensée créatrice se résume à une miniaturisation (si on peut employer ce mot pour Bruckner !) de la création du monde dans le frémissement originel prototype de l’harmonie et dans l’élaboration des intervalles musicaux premiers ainsi que dans l’apparition du rythme comme symbole de la naissance du temps. Les dissonances et la dramatisation sont eux paraphrase de l’homme et de sa tragédie mortifère. La chute vers le silence est une simulation de la mort.

     

    Chaque début de symphonie, chez Bruckner, est l’occasion de montrer sa vision du monde et du rôle que l’homme y tient. C’est aussi une vaste prière qui résume l’essence de sa foi. Les moyens mis en œuvre sont extraordinaires et, sans doute sans le savoir, recoupent la pensée de Schopenhauer. La musique, pour le philosophe, est capable de faire ressentir l’essence du monde. C’est ce qui a séduit Richard Wagner. C’est encore une preuve, s’il en faut, de la fusion entre la pensée brucknérienne et celle du maître de Bayreuth à l’aide de moyens différents et d’une spiritualité divergente.

     

    Toute la vie de Bruckner correspond à cette image. Mysticisme diront certains…profondeur de pensée n’excluant pas le mysticisme nuancerai-je !

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