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  • Dali… et cetera !



    Le Festival Debussy de l’OPRL se terminait hier après-midi avec une prestation exceptionnelle du Trio Dali. Au programme, la Sonate pour violon de Debussy, celle pour violoncelle et le Trio avec piano, une œuvre de jeunesse pleine de verve et d’invention… à peine une heure de musique, mais quelle musique !

    Jeunes musiciens issus de la Chapelle musicale Reine Élisabeth, le parcours musical du trio est non seulement le résultat d’un travail avec de grands maîtres comme Augustin Dumay, Abdel Raman El Bacha ou le Quatuor Artémis, mais aussi et surtout, la preuve vivante que la meilleure recette de la musique de chambre réside dans une complicité exceptionnelle. Techniquement très au point, pleins de fougue, de passion et de finesse, le Trio Dali se décline comme une étrange équation : un trio égal deux duos ! C’est bien ce qu’ils nous ont montré hier.

     

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    Le Trio Dali




    D’abord la Sonate pour violon, une œuvre très étrange, tout au bout de la production d’un Debussy tour à tour mystérieux, fantasque, léger, passionné ou… désabusé. On connaît le redoutable niveau demandé aux deux musiciens pour rendre toute la souplesse, toutes les couleurs et les finesses d’une sonate ultime (1917). L’œuvre est un curieux mélange entre un lyrisme débordant d’émotion, une ironie face à la mort qui pointe le bout de sa faux, la sensualité onirique des symbolistes avec leur goût des sonorités rares et le témoignage d’une appartenance à une lignée qui remonte à Rameau. Si la Soante est célèbre, les bonnes interprétations sont néanmoins très rares. Car il s’agit avant tout de placer sur un niveau égal les deux protagonistes en un véritable dialogue. Exit la supériorité d’un violon qui serait le soliste duquel dépend le piano. Ici, la musique de chambre a tous les droits, chacun a la parole pour dialoguer ou se compléter. C’est ce qu’on fait avec enchantement et bonheur Vineta Sareika au violon et Amandine Savary au piano… un quart d’heure d’intense émotion.

    Vint ensuite la formidable et malheureusement trop peu connue Sonate pour violoncelle. Quelle aisance technique dans cette œuvre difficile remplie de rythmes anciens (la sonate commence comme une ouverture française du XVIIIème siècle) et nouveaux (Debussy utilise à merveille une rythmique directement issue de ses recherches sur les musiques espagnoles et exotiques), de timbres étranges où le violoncelle se prend pour une guitare, où l’Espagne mythique s’invite comme dans une sérénade qui dévie en flamenco brûlant de passion. Impeccable, envoûtant et émouvant ! On admire tant de complicité entre Christian-Pierre La Marca (violoncelle) et cette exceptionnelle pianiste qu’est Amandine Savary. On aime à penser que Debussy aurait apprécié cette vision tellement vivante et prenante même s’il aurait sans doute souhaité plus d’équilibre quand parfois le piano couvrait le violoncelle… mais peu importe, un vrai régal !

    Le concert finissait déjà par le Trio avec piano en sol daté de 1879, la première des œuvres de musique de chambre. On sent parfaitement la fougue juvénile d’un Debussy âgé seulement de 17 ans. Pas surprenant que l’œuvre soit de coupe toute romantique et que l’influence de Franck s’y fasse encore sentir. Pourtant, toute l’originalité du musicien est déjà bien présente. On reconnaît d’emblée le travail sur la couleur des instruments, sur l’harmonie prête à bientôt s’élargir et sur les rythmes syncopés, asymétriques et exotiques. Rien à dire à propos de la mise en place du Trio Dali, décidément impeccable aussi lorsque la formation est complète.

     

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    … Pas surprenant que leurs deux premiers cd’s aient reçus des louanges unanimes des critiques du monde entier. Tout en réalisant un parfait équilibre classique, il y a quelque chose de profondément moderne dans leur approche. Rien n’est banal… et pourtant, tout est naturel ! Les deux « bis » qu’ils nous ont offerts nous ont permis de découvrir encore d’autres facettes incroyables de leur talent. D’abord, dans un mouvement d’un trio de Haydn, ils nous ont fait entendre toute la saveur des musiciens tziganes de Hongrie en rendant avec une joie formidable, une verve et un humour incomparables l’esprit du père du trio avec piano. Ensuite, un bref moment d’émotion avec une Romance de Robert Schumann presqu’intemporelle.




    Mais le Festival tout entier a tenu ses promesses. Chaque concert a proposé sa dose d’originalité et de découverte. Je garde, pour ma part, un émerveillement tout particulier pour la Rhapsodie pour clarinette jouée magistralement, comme d’habitude, par Jean-Luc Votano et pour le génial Quatuor interprété magistralement par le jeune Quatuor Modigliani. Formidables aussi les œuvres orchestrales dirigées par Paul Daniel et la découvertes d’orchestrations de haut vol de Children’s Corner par André Caplet (dont les pianistes devraient s’inspirer pour créer des images sonores nouvelles avec le piano) ou de Pelléas et Mélisande en suite orchestrale par Marius Constant (on y retrouve inévitablement l’influence de Wagner dans la pâte orchestrale, la filiation est inévitable, on le sait). Et que dire de l’artisan  de cette première partie de Festival, le pianiste Philippe Cassard, après nous avoir délecté avec François Chaplin, des œuvres pour piano à quatre mains et deux pianos, reviendra au mois de mai pour nous offrir l’œuvre pour piano seul de Claude Debussy en une seconde partie de Festival dont on se réjouit déjà.

     

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    Claude Debussy (1862-1918)




    Seule ombre au tableau, le taux de remplissage de la salle inexplicablement bas pour des concerts et des affiches d’une telle qualité. La vague de froid de cette semaine n’a certes pas aidé les liégeois à sortir de chez eux. Gageons donc qu’au printemps, ils seront nombreux à venir (re)découvrir l’un des plus extraordinaires pianos du début du XXème siècle.

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