wartburg

  • Un pélerin...



    « Sur l’étroit sentier qui escaladait la montagne, un pèlerin cheminait, perdu dans ses pensées. Midi était passé. Un vent violent sifflait à travers l’air bleuté ; ses voix sourdes aux intonations variées se perdaient comme elles étaient venues. Avait-il dans son vol traversé les contrées de l’Enfance ou bien quelque autre pays où la nature parle ? C’était des voix dont l’écho résonnait au plus profond de l’âme, et pourtant le pèlerin semblait les ignorer. Il venait d’atteindre les hauteurs où il espérait trouver le terme de son voyage. Il espérait ? Non, il n’espérait plus rien.


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    Caspar David Friedrich, Homme au dessus des nuages

     

    L’angoisse la plus affreuse, à laquelle succédait la froide sécheresse du désespoir le plus impassible, le poussait à rechercher les sauvages horreurs de la montagne. La montée extrêmement pénible calmait l’action dévastatrice de ces forces intérieures. Il était las, mais apaisé. Il ne voyait rien encore de toutes les beautés qui s’étaient peu à peu rassemblées autour de lui, lorsqu’il s’avisa de s’asseoir sur une roche et de tourner son regard en arrière. Alors, il crut qu’il rêvait, ou qu’il avait rêvé jusqu’à présent ».


     



    Henri d'Ofterdingen (en allemand Heinrich von Ofterdingen) est un roman du poète romantique allemand Novalis (1772-1801), qui sera publié après sa mort par son ami Ludwig Tieck. La traduction ci-dessus est de Marcel Camus (GF - Flammarion).

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    Novalis, de son vrai nom Georg Philipp Friedrich, Freiherr (baron) von Hardenberg



    Henri d'Ofterdingen était un troubadour allemand du XIIIème siècle, qui est dit avoir participé au concours des Minnesänger à la Wartburg en 1207 qui vit s'affronter des participants comme Walther von der Vogelweide, Wolfram von Eschenbach, Albrecht von Halberstadt, et bien d'autres. On se souvient que Wagner mit en scène cet épisode dans son Tannhäuser.

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    Henri d'Ofterdingen se situe donc dans un univers médiéval mythique très appécié des romantiques allemands. C'est dans cet ouvrage qu'apparaît l'expression devenue célèbre de « fleur bleue » (Die blaue Blume). Chez Novalis, cette fleur symbolise l'amour absolu qu'Henri porte à Mathilde mais aussi l'union du rêve et du monde réel, qui était un des grands objectifs du romantisme… tout un programme !

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