wolfram von eschenbach

  • Elsa de Brabant



    Après Tannhäuser lors de mes cours de l’U3A, l’aventure orchestrale du Ring à l’OPRL, voici que je me concentre désormais sur Lohengrin en vue d’une prochaine conférence au Cercle Belge Francophone Richard Wagner qui m’a, par ailleurs, fait l’honneur de me confier la rédaction des textes de la revue anniversaire qui paraîtra en fin d’année. On sait que Richard Wagner s’est inspiré pour son « opéra romantique » de l’épisode que consacre à Lohengrin (qu’il nomme d’ailleurs Loherangrin) le fameux Minnesänger Wolfram von Eschenbach (ca 1170 – ca 1220) qui, dans son ouvrage principal, Parzival, s’est inspiré du Perceval de Chrétien de Troyes et qui représente la première œuvre allemande qui traite du Graal. Lohengrin étant le fils de Parsifal, voici comment le poète du moyen-âge narre l’histoire tragique d’Elsa de Brabant et de son chevalier Lohengrin.

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    L'arrivée de Lohengrin, fresque de A. von Heckel au château de Louis II de bavière à Neuschwanstein.



    « Dans le pays de brabant, il régnait une dame à la vie très vertueuse, de grande richesse et de haute naissance. Elle était pleine de pudeur dans l’amour, étrangère aux basses pulsions humaines. Plus d’un homme valeureux avait brigué sa main. Certains portaient une couronne. Beaucoup d’entre eux étaient de nobles princes. Mais son humilité était si grande qu’elle ne se prêtait à aucune des offres : seul devait devenir son compagnon – disait-elle – celui que la main de Dieu lui désignerait pour être son époux.

    Bien des comtes de son royaume, en courroux, se mirent à haïr cette femme pure ; ils engagèrent contre elle des ennemis parce qu’elle ne prenait pas de décision et tardait tant à choisir un époux, bien qu’il manquât un souverain au royaume. En dépit des affronts qu’elle dut souffrir, elle avait mis toute sa confiance en Dieu ; s’en remettre à lui, elle supportait cela, sans pour autant être coupable. À la fin, soumise à trop de pressions, elle convoqua l’assemblée du royaume, c’est alors que se rendirent à Anvers, venus de près et de loin, les seigneurs et les princes du pays. Une fois que tous se trouvèrent ainsi réunis, parut porté sur les ondes dans une nacelle tirée par un signe, un beau chevalier. Il avait une superbe apparence, son caractère était noble et vaillant, courtois, avisé et plein de réserve. C’est à Montsalvage qu’il avait reçu du Graal l’ordre d’entreprendre ce voyage.

    La cour et le peuple venu en grand nombre assistent sur le rivage au miracle. Et voici que la princesse de brabant le reconnaît aussitôt : c’est celui que Dieu lui a destiné comme époux. Et lui, accueilli avec déférence, en entendant le souhait de la dame, parla d’une voix forte afin que tous les présents saisissent clairement ses paroles : « Si je dois prendre la couronne du royaume, il faut d’abord consentir à une chose : ne me demandez jamais qui je suis ; je ne peux rester qu’à cette condition. Si vous vous permettiez cette question, vous n’auriez plus nul droit à mon amour. Soyez avertie ! Dieu m’a averti. Il connaît la raison de l’interdit ».

    La femme promit en toute bonne foi qu’elle se garderait toujours de poser cette question, ainsi qu’il l’en avait prié dans son grave avertissement. Alors le soir, les noces furent célébrées et le matin suivant, il fut doté de la couronne de Brabant, le mariage fut fêté avec somptuosité, les princes et les barons vinrent recevoir de sa main les fiefs qui étaient les leurs. Rendant la justice avec équité, faisant honneur à la chevalerie, il sut régner avec bonheur et force, occupé seulement du bien du royaume.

    De leur mariage bienheureux naquirent des enfants qui étaient beaux et nombreux. Pourtant la douleur fit suite à la joie, vite venue, mais aussi vite perdue. Il y a encore des gens en Brabant qui connaissent bien l’histoire de ce couple, ils savent encore l’accueil qu’elle lui fit et de quelle façon il la quitta. Ils disent combien de temps il resta, jusqu’au jour où la question le chassa. Se frayant une voie à travers les flots, son ami, le cygne vint le chercher et sur la frêle nacelle il emmena les seigneur au loin (on ne savait où). Mais le chevalier laissa en partant une épée, un cor ainsi qu’un anneau.

    La célèbre réponse de Lohengrin à la question interdite à la fin du troisième acte par Jonas Kaufmann... un moment d'éternité!



    Voici comment Loherangrin de Brabant partit, il fut envoyé par le Graal en ce royaume, lui, fils de Parzival s’en retourna pour prendre soin du Graal » Wolfram von Eschenbach, Parzival, épisode concernant Lohengrin, traduction française de Françoise Ferlan d’après la transcription de l’ancien allemand d’Albert Schultze en 1836, in Avant-Scène Opéra n°272, pp. 94-97, Paris, 2013.

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